« Comment Nicole a tout pété », farce écologiste de Frédéric Ferrer
Au Théâtre du Rond-Point, Frédéric Ferrer [...]
Au Théâtre des Bouffes Parisiens, dans une mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo, Catherine Hiegel investit Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce. Une proposition qui dénonce, à travers les exubérances de la farce, le ridicule de conventions d’un autre âge.
Tout paraît tellement simple, tellement clair, dans le monde organisé, réglementé, codifié à l’extrême de la baronne Staffe (1843-1911), Blanche-Augustine-Angèle Soyer de son vrai nom. L’autrice d’Usages du monde : règles du savoir-vivre dans la société moderne édicte, dans cet ouvrage publié en 1889 qui devint un best-seller, toutes les conventions assurant à la société bourgeoise du XIXème siècle de se perpétuer telle qu’elle était et qu’elle souhaitait demeurer. Déclaration de naissance, baptême, choix du prénom d’un enfant, choix du parrain, et de la marraine, fiançailles, mariage, obsèques, deuil… Ce sont tous les petits et grands événements de la vie en société que ce traité de bonnes manières se propose de régir. Plus d’un siècle après sa parution, en 1993, Jean-Luc Lagarce s’empare de ce texte pour écrire Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (œuvre publiée aux Editions Les Solitaires Intempestifs). Il signe ainsi un monologue plein d’ironie qui détourne — avec beaucoup de finesse et un humour dévastateur — le sens des conseils que donne la baronne, stigmatisant au passage la violence d’une société de classe qui sacrifie l’individu sur l’autel de l’ordre bourgeois.
Moues, clins d’œil et exclamations
Rebonds. Incises. Césures. Répétitions. Phrasé vif, net, aiguisé. Le style de Jean-Luc Lagarce exprime toute son ampleur dans ce texte précis comme une partition de musique. Pourtant, ce n’est pas le chemin de la langue qu’emprunte Catherine Hiegel pour donner à entendre l’humour railleur de ces Règles du savoir-vivre dans la société moderne. C’est celui de la farce. Celui d’un jeu qui cherche à nouer une complicité avec les spectatrices et spectateurs en commentant les mots de l’auteur par des moues, des clins d’œil, des exclamations. C’est un partis pris. Il provoque beaucoup de rires dans le public. Mais il étouffe aussi la virtuosité, l’éclat d’une écriture dont on ne perçoit plus que le propos : définitivement cocasse, effectivement grotesque. Et puis, lorsqu’il est temps de parler de la mort, du deuil, en fin de représentation, le jeu de la comédienne se dépouille. Il lâche tout artifice, va alors à l’essentiel. Une présence. Un regard. Une voix. Des mots tout à coup d’une force étonnante, entre dérision et gravité, sur le fil. Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne s’achèvent sur cette note saisissante. Et l’on se dit que Catherine Hiegel est une grande tragédienne.
Manuel Piolat Soleymat
les lundis et mardis à 19h. Tel : 01 42 96 92 32. Durée de la représentation : 1h. https://www.portestmartin.com
Au Théâtre du Rond-Point, Frédéric Ferrer [...]