La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Boliloc

Boliloc - Critique sortie Théâtre
Photo : Pascal François Deux électrons libres (Christian Hecq et Scott Koehler) dans l’espace interstellaire.

Publié le 10 mai 2008

La dernière création de Philippe Genty et de Mary Underwood ouvre au public un laboratoire étrange, une projection éblouissante des fantasmes les plus fous.

Losqu’on se penche sur les problématiques du créateur plasticien, metteur en scène et marionnettiste Philippe Genty, le regard est ébloui par les références multiples à Bachelard et à sa théorie des éléments. Cette disposition d’esprit facétieuse et acidulée explique le goût des douceurs et parfois des petites terreurs rêveuses de l’imaginaire poétique de Boliloc, le dernier en date des spectacles vivants non identifiés de Genty, visionnaire attitré d’une scène magicienne où le subconscient est revendiqué comme roi. Le feu d’abord, avec le scintillement  inextinguible des étoiles dans la galaxie éclairée d’un ciel nocturne profondément sombre. Sur le sol, la maison des parents qui brûle là-bas au loin, sur les collines. L’eau ensuite, avec ses cascades d’orage et ses tempêtes marines tumultueuses, le juste reflet intérieur de l’homme aquarium dans lequel nage un modeste poisson locataire. Une pieuvre rouge gigantesque à tête de marionnette s’empêtre à trouver un équilibre terrien impossible.

Un poupon emmailloté, un pantin blanc à la belle chevelure brune
Bouche d’égouts, hublot sous-marin, clapotis de marée, la grande bleue veille. La terre et ses labours encore, les ondulations verdoyantes des prairies de fleurs et de couleurs, une couverture de laine et de luxe pour l’immensité des territoires ruraux. L’air enfin, grâce à la femme ventriloque, sorte de Marianne du deuxième millénaire au bonnet phrygien – l’Australienne Alice Osborne articule d’une voix étouffée sans remuer les lèvres. Elle met à sac un jeu bleu de boîtes labyrinthiques qu’elle empile et d’où surgissent des pantins enfantins et babillards à tête monstrueusement humaine. Un poupon emmailloté, un pantin blanc à la belle chevelure brune – l’Australien Scott Koehler. À ses côtés, un  bébé aux pets répétés, un être ragoûtant inachevé ou bien avorté, fait d’un seul intestin enroulé et emberlificoté – le comédien danseur comique Christian Hecq  s’en donne à cœur joie dans les mimiques et les pas de danse inopinés. Homme et costume blanc sans tête ou bien à la tête dévissée… Le regard du public est ballotté de surprise en surprise. La scénographie fait sa vidéo juste ce qu’il faut et visionne la paroi intestinale humaine. Le travail sur les matériaux fait vibrer d’immenses lais de plastique transparent, métamorphosés en grosses vagues sous les doigts habiles des manipulateurs Emmanuel Laborde, Philippe Zielinski et Guislaine Rigollet. Un voyage d’ouvertures et d’obstacles jusqu’aux tourbillons de l’ivresse ingénue.
Véronique Hotte


Boliloc

Mise en scène de Philippe Genty et Mary Underwood, du 27 mai au 29 juin 2008 20H30, dimanche 15h, relâche lundi et les 1er et 8 juin au Théâtre du Rond-Point 75008 Paris Tél : 01 44 95 98 21 ou au 0 892 701 603 (0,34 euros/min) www.theatredurondpoint.fr

A propos de l'événement



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