La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Big Sisters, chorégraphie de Théo Mercier et Steven Michel

Big Sisters, chorégraphie de Théo Mercier et Steven Michel - Critique sortie Danse Paris Centre Georges Pompidou
Marie de Corte et Mimi Wascher dans Big Sisters, mis en scène et chorégraphié par Théo Mercier et Steven Michel. Crédit : Erwan Fichou

Ballet National de Marseille / chor. Théo Mercier et Steven Michel

Publié le 2 octobre 2020 - N° 287

Théo Mercier et Steven Michel déploient un hommage aux femmes inspiré de l’œuvre de Monique Wittig. Une pièce chorégraphique bien léchée, hypnotique et pop construite à la manière d’un film.

Un corps gît sur le flanc, au milieu du plateau, recouvert par un tissu vermillon. Une musique poignante emplit la salle. Sur l’écran géant au fond de la scène, s’affichent des textes extraits du roman Les Guérillères de l’écrivaine lesbienne féministe Monique Wittig. Incipit vibrant. Déjà en 2018, le duo Steven Michel et Théo Mercier intriguaient grâce à l’inclassable Affordable Solution for better living. Dans ce thriller horrifico-comique, Steven Michel incarnait l’homme moderne, cloîtré chez lui, en proie à l’angoisse de l’assemblage d’un meuble en kit et aux injonctions au bien-être. Pour ce second opus, Big Sisters, les trentenaires font la part belle au féminin, dont ils explorent les représentations, nourries de fantasmes, grâce à quatre interprètes bien choisies, entre 23 et 65 ans. Elles muent au fil des tableaux, pour révéler toutes leurs facettes : mystiques, douces sorcières en robe d’Amish, enfants naïves qui éclatent de rire en farandoles, sirènes érotiques qui dorlotent des conches vulvaires, combattantes féroces qui s’abreuvent du sang de leurs ennemis. Se déplient alors des fragments de récits et des symboles de l’utopie poétique Les Guérillères, légende d’une communauté de femmes lesbiennes, qui déglingue l’hétéronormativité, et fait un pied de nez à la société patriarcale.

Comme au cinéma

Big Sisters se regarde comme un film et son esthétique est digne d’un blockbuster. Pierre Desprats – compositeur entre autres pour le film Les Garçons Sauvages de Bertrand Mandicoen signe la B.O. grandiloquente, tantôt mélo, tantôt effroyable, qui couplée à la mise en scène bien léchée, énigmatique, fascine, tient en haleine. Sur scène, surgissent des visions cinématographiques : Uma Thurman dans Kill Bill, Millie Bobby Brown dans Stranger Things, les couleurs de la série La Servante Écarlate, l’atmosphère de la saga Hunger Games…  L’ensemble est pop, teinté d’horreur, aux nuances kitsch – qui semblent assumées –, à l’image du travail de Théo Mercier. La danse, toutefois, orchestrée par Steven Michel, se déploie tout en précision et expressivité. Elle rayonne dans les ensembles, qui invoquent Keersmaeker ou font éclater une orgie guerrière sanguinolente. Cette ode aux femmes, aussi poétique que cathartique, fait l’effet d’une séance d’hypnose. Même si on peut lui reprocher de manquer un poil de subtilité, on ne s’est pas ennuyé une seconde.

Belinda Mathieu

 

 

A propos de l'événement

Big Sisters
du Mercredi 21 octobre 2020 au Samedi 24 octobre 2020
Centre Georges Pompidou
Place Georges-Pompidou, 75004 Paris.

Du 21 au 24 octobre à 20h30, le 25 à 17h. Tél. : 01 46 14 70 00. Durée de représentation : 1h.  www.centrepompidou.fr.


Également les 13 et 14 novembre au Festival du TNB, Rennes Le Triangle le  18 novembre à La Soufflerie à Rezé, les 26 et 27 novembre Le Maillon, Théâtre de Strasbourg, le 9 février à la Maison de la Culture d’Amiens.


Spectacle vu le 1er octobre au Ballet de Marseille dans le cadre du festival Actoral.Saison Nanterre-Amandiers Hors-Les-murs


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