Le Suicidé, vaudeville soviétique : un admirable spectacle mis en scène par Jean Bellorini
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Emmanuel Demarcy-Mota et la troupe du Théâtre de la Ville offrent une illustration chorale belle et émouvante, drôle et poétique des vertus nourrissantes du lait de la tendresse humaine.
La Géorgie est en guerre contre la Perse. Toute ressemblance avec des terres aujourd’hui à feu et à sang est évidemment fortuite… La femme du gouverneur, au moment de fuir le palais en proie aux flammes, s’inquiète davantage du sort de ses robes que de celui de son fils. Toute comparaison serait malvenue… La tendresse l’emporte sur le calcul, et Groucha, qui a recueilli le fils du gouverneur décapité, paie une fortune le lait que son sein ne peut fournir : elle protège sans avoir enfanté. Toute analogie avec les modernes débats autour de la parentalité paraîtrait incongrue… Le théâtre, en général, et celui de Brecht, évidemment, offrent de réfléchir ensemble à la meilleure manière de maintenir les conditions d’un monde viable. Osons, cette fois, l’actualisation de la réflexion autour de sa mission, puisque l’ANRAT lance l’alerte et que le Théâtre de la Ville la relaie : il y a aujourd’hui péril en la forteresse, et la guerre aux moyens d’émancipation par l’éducation artistique et culturelle est entamée. En soutenant la pétition des enseignants et artistes, le Théâtre de la Ville prolonge le geste que dessine sa troupe dans la pièce mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota : il n’y aura pas d’issue hors du partage et de la transmission ; Groucha, parce qu’elle a fait grandir l’enfant, est sa mère.
Théâtre de l’amour et amour du théâtre
Le sang ne décide de rien, ni par l’accouchement, ni quand la guerre le fait couler. L’épreuve du cercle de craie atteste que celui qui protège doit légitimement l’emporter sur celui qui réclame : l’intégrité qui respecte l’autre vaut mieux que l’intégrisme qui réclame ce qu’il croit son dû. Tout, dans le nouveau spectacle de la troupe du Théâtre de la Ville, illustre cette évidence. Les comédiens et l’équipe technique réunissent compagnons fidèles d’Emmanuel Demarcy-Mota et nouveaux venus. On retrouve ceux qu’on a vus dire Shakespeare, Horváth ou Camus ; on reconnaît la scénographie soignée, les costumes élégants et leur raffinement chromatique, la maîtrise sidérante des effets choraux, l’équilibre entre les rôles. On redécouvre Brecht, relu dans la joie festive et la gravité, dans l’exaltation tourbillonnante de l’Azdak de Valérie Dashwood et la poignante détermination de la Groucha d’Elodie Bouchez, irradiante. « Redoutable est la tentation d’être bon. », dit Brecht. Si elle l’est pour celui qui en prend le risque, elle l’est surtout pour ceux qui font le choix de séparer et d’amoindrir, de compter et de profiter, de calculer et d’économiser. La troupe du Théâtre de la Ville donne tout et rappelle l’urgence d’un théâtre en partage. L’emporteront ceux qui font ce pari, parce, comme Azdak, ils sont fous et ont raison.
Catherine Robert
Du mardi au samedi à 20h (sauf le 30 janvier à 20h30), le dimanche à 15h. Tél. : 01 42 74 22 77. Durée : 2h10. Tribune et pétition de l’ANRAT : https://anrat.net/actualites/tribune-parue-dans-le-monde
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