La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Avant la retraite de Thomas Bernhard, mise en scène d’Alain Françon

Avant la retraite de Thomas Bernhard, mise en scène d’Alain Françon - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de la Porte Saint-Martin
Avant la retraite, de Thomas Bernhard, mis en scène par Alain Françon. Crédit : Jean-Louis Fernandez

texte de Thomas Bernhard / mes Alain Françon

Publié le 23 octobre 2020 - N° 288

Catherine Hiegel, Noémie Lvovsky et André Marcon gravissent ensemble les versants escarpés de l’œuvre dramatique de Thomas Bernhard. Dans une mise en scène d’Alain Françon, les trois comédiens créent Avant la retraite au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

C’est à un théâtre complexe, ambitieux, remuant qu’a donné naissance le grand écrivain autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) durant la seconde moitié du XXème siècle. Un théâtre sulfureux et peuplé de fulgurances qui éclaire d’une lumière radicale les gouffres de l’âme humaine, ainsi que les colères d’un artiste-citoyen semblant vivre comme en exil au sein de son histoire et de sa culture nationales. Nombre des textes de l’auteur s’attaquent en effet, avec la férocité la plus décomplexée, à une Autriche ramenée de façon quasi monomaniaque aux échos sourds et tonitruants de son passé nazi. Publiée en 1979 dans sa version originale (Vor dem Ruhestand), puis en 1987 en langue française (chez L’Arche Editeur), Avant la retraite fait partie de ces œuvres tranchantes qui resservent les plats nauséabonds des horreurs du Troisième Reich. Ceci, en arpentant les territoires composites de la tragi-comédie. Chez Thomas Bernhard, les gouffres de la noirceur ne sont jamais très loin des souffles du ridicule. Ainsi, dans la pièce qu’interprètent actuellement Catherine Hiegel, Noémie Lvovsky et André Marcon au Théâtre de la Porte Saint-Martin, une fratrie commémore, dans une forme d’abandon grotesque et trivial, l’anniversaire de naissance du haut dignitaire nazi Heinrich Himmler.

Une expérience autant littéraire que théâtrale

Voici donc l’existence de Rudolf Höller, un président de tribunal et ancien officier SS qui vit avec ses deux sœurs. Vera, avec qui il entretient une relation incestueuse. Clara qui doit supporter, clouée dans un fauteuil roulant, les divagations nostalgiques des deux autres. Ecouter la langue répétitive et musicale de Thomas Bernhard relève autant de l’expérience littéraire que théâtrale. Car cette matière aux frontières du concret et de l’abstraction ouvre sur des perspectives d’une ampleur monumentale. La version d’Avant la retraite conçue par Alain Françon sillonne de belle manière ces chemins de haute montagne sans trouver la voie de ces sommets. Pourtant servie par les grands interprètes que l’on connaît – André Marcon en tête – la représentation à laquelle on assiste reste un peu sagement dans les limites d’un théâtre qui explique plutôt qu’il ne creuse. Des profondeurs de jeu, il est vrai, surgissent. Mais le saugrenu remplace ici trop facilement la sauvagerie et la dureté. Quelque chose qui devrait glacer se contente de grincer. Une forme de vertige, de fureur manque.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Avant la retraite de Thomas Bernhard, mise en scène d’Alain Françon
du Jeudi 8 octobre 2020 au Dimanche 29 novembre 2020
Théâtre de la Porte Saint-Martin
18 boulevard Saint-Martin, 75010 Paris

Les vendredis et dimanches à 18h, les samedis à 17h. Durée de la représentation : 2h. Tél. : 01 42 08 00 32. www.portestmartin.com


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