La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Automne et hiver

Automne et hiver - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR Légende photo : La compagnie de l’Arcade sur les traces du roman familial.

Publié le 10 décembre 2011 - N° 193

Agnès Renaud met en scène les comédiens de la compagnie de l’Arcade dans une belle et intense mise en scène de Automne et hiver, de Lars Norén, tragédie de la faillite et du ressentiment.

Sur le plateau de la table métallique, autour de laquelle sont installés les quatre protagonistes, brille le cristal des verres et des carafes. Vin rouge, vin blanc, whisky et porto : les liqueurs chatoyantes évoquent l’harmonie confortable d’une vie bourgeoise aisée, prête à la fête et tout à la joie des retrouvailles mensuelles. Soupe à l’avocat et pâté en croûte : le raffinement est au rendez-vous. Mais les pieds de la table sont faits d’entrelacs qui laissent soupçonner que les rapports entre les membres de la famille sont plus emberlificotés et scabreux qu’il n’y paraît : la surface cache des profondeurs inquiétantes. Les relations entre Margareta et Henrik, les parents, et Ann et Ewa, les deux filles, se révèlent, au fur et à mesure que tombent les masques, délétères et odieuses. Ann, la cadette, mère célibataire fantasque qui doit aller mendier de quoi boucler ses fins de mois auprès des services sociaux, met, littéralement, les pieds dans le plat, et ses accusations et griefs font éclater le malaise que vingt ans de silence ont vainement essayé de cacher.
 
Névrose et roman familial
 
Défaillances et faillites apparaissent peu à peu. Ewa, l’aînée, riche, bien mariée et bien mise, évoque son anorexie adolescente et son désespoir de ne pas pouvoir avoir d’enfant ; Henrik, le père, avoue son alcoolisme ; Margareta, la mère, admet qu’elle a aimé ailleurs, faute d’être comprise chez elle… Le dispositif scénique joue des mouvements de la table, qui offre au public différents points de vue sur le drame, à mesure que celui-ci se complexifie et s’intensifie. L’apparent réalisme des dialogues est très adroitement déconstruit par un remarquable travail de l’adresse. L’étroit rapport entre la scène et la salle participe à l’impression d’étouffement aliénant de la situation ; les comédiens, confondant de justesse, campent leurs personnages avec une aisance et une vérité peu communes. Cristine Combe, Virginie Deville, Patrick Larzille et Sophie Torresi savent être, tour à tour, émouvants, agaçants, drôles et pitoyables, dans ce roman familial de la névrose, auquel Lars Norén confère, au-delà de la trivialité anecdotique, une dimension mythique. A qui en douterait encore, ce spectacle démontre avec éclat que la famille est un asile !
 
Catherine Robert


Automne et hiver, de Lars Norén ; mise en scène d’Agnès Renaud. Du 9 novembre 2011 au 7 janvier 2012. Du mardi au samedi à 21h ; relâche le 22 décembre. Le Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris. Tél : 01 45 44 57 34. Durée : 2h.

A propos de l'événement



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