La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Anne-Laure Liégeois

Anne-Laure Liégeois - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 novembre 2008

Oser la demande d’augmentation salariale

C’est en mars 2007 au Centre Dramatique National de Montluçon – Région Auvergne – dont elle assume la direction depuis deux mandats que la metteuse en scène Anne-Laure Liégeois a créé L’Augmentation de Perec. Pour le plaisir infini de la langue.

Pourquoi monter LAugmentation ?
Anne-Laure Liégeois : J’avais déjà mis en scène l’Augmentation de Perec à mes débuts, il y a une quinzaine d’années juste après Le Fils de Christian Rullier. On peut dire que cela fait vingt ans que le bon moment est venu de monter l’Augmentation. L’astuce aujourd’hui tient au fait que je propose deux formes renouvelées de mise en scène, l’une pour le plateau comme prochainement au Théâtre Firmin Gémier d’Antony et l’autre, plus réduite, destinée à être jouée partout ailleurs. C’est l’objet réfléchi d’une véritable petite entreprise. Il fallait évidemment que je compte avec la fascination et la jubilation provoquées par la langue de Perec. Je redemande en quelque sorte de L’Augmentation avec d’infinies variations imposées par le passage temporel dans le deuxième millénaire. À l’intérieur de la pièce, si l’on passe de Mademoiselle Yolande à Madame Yolande, c’est que l’auteur nous a déjà fait vieillir de dix ans.

Pourquoi est-ce « toujours le bon moment » de monter
L’augmentation ?
A.-L. L. : La pièce a trait à la situation particulièrement tendue qui consiste à demander quelque chose à quelqu’un, qu’on soit dans l’entreprise ou non ; cette posture n’a ni âge ni époque. Les mots d’ « OPA » ou d’ « absorption » n’ont pas pris une ride. À n’importe quel endroit et en tout temps, se pose cette demande de reconsidération salariale. A-t-on pris la bonne décision au bon moment ? L’intérêt se porte sur la démarche précise et son mécanisme qui peut aller du refus, de la fin de non-recevoir jusqu’à l’humiliation mais aussi au désir de retourner à l’attaque. Le mouvement consiste d’abord à aller vers l’autre et à « communiquer », qu’on soit dans des relations professionnelles ou privées. Les situations provoquées sont drôles et déclenchent le rire, c’est une reconnaissance universelle à travers les facéties verbales.
 
 « Voilà l’occasion pour le spectateur de traverser la vie d’individus au service de l’entreprise depuis plus de quarante ans. »

Quel est l’objet de cette
Augmentation ?
A.-L. L. :  Un homme et une femme décident de demander une augmentation dans l’entreprise qui les emploie. Il faut alors passer par une série d’étapes à franchir. Aller dans le bureau de la secrétaire du chef de service quand elle est là et qui plus est, quand elle est de bonne humeur ; accéder ensuite au bureau du chef d’entreprise, à la condition qu’il soit présent lui aussi, qu’il veuille bien vous laisser entrer et vous proposer un siège. Voilà l’occasion pour le spectateur de traverser la vie d’individus au service de l’entreprise depuis plus de quarante ans, marqués par quelques changements. Par exemple, pour calmer les esprits, on a remis la médaille du travail aux demandeurs à défaut de l’augmentation souhaitée.

Finalement, la quête de l’employé est celle de la reconnaissance.
A.-L. L. : L’affranchissement du salarié passe par l’augmentation de son salaire ; il s’agit pour lui de sortir du grand consortium en y étant reconnu, en trouvant sa place dans la bureaucratie. En fait, il lui faut à tout prix exister. L’homme, la femme, sont tour à tour, martyrs ou bien bourreaux l’un de l’autre : dans le rôle du patron, sourd ou bien compatissant, et dans le rôle de l’employé remonté ou abattu, vainqueur de quelques instants, vaincu de longue date. Toutes les facettes humaines sont répertoriées dans ce duo malicieusement incarné par Anne Girouard et Olivier Dutilloy. Perec est un écrivain immensément joueur, un aspect ludique qui me correspond. On peut presque parler de rencontre charnelle.

Les rencontres avec la langue d’un poète semblent essentielles à vos mises en scène.
A.-L. L. : Après avoir monté dans le plaisir et la réflexion Edouard II de Marlowe, je travaille actuellement à la traduction et à l’adaptation de La Duchesse d’Amalfi de Webster, pièce que je m’apprête à porter prochainement à la scène. La langue y est d’une belle présence baroque bourrée de jeunesse, un bonheur de mots, une véritable fête langagière.

Propos recueillis par Véronique Hotte


L’Augmentation
De Georges Perec, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois, du 18 au 30 novembre 2008, mardi, mercredi, vendredi, samedi 20h30, jeudi 19h30, dimanche 17h au Théâtre Firmin Gémier à Antony Tél : 01 41 87 20 87

A propos de l'événement



x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre