La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Anne-Laure Liégeois

Anne-Laure Liégeois - Critique sortie Théâtre
Crédit : Christophe Raynaud de Lage Légende : « La metteuse en scène Anne-Laure Liégeois »

Le monde du travail : effarant… et hilarant

Anne-Laure Liégeois présente le monde du travail à travers L’Augmentation de Georges Perec et Débrayage de Rémi De Vos. Avec les comédiens Olivier Dutilloy, Anne Girouard, et François Rabette. De quoi rire, en prime…

De L’Augmentation à Débrayage, vous traquez à plaisir la tyrannie de l’entreprise avec l’évidence mordante de deux écritures.
Anne-Laure Liégeois : Mon aventure théâtrale avec Perec a commencé il y a près de vingt ans. J’ai monté initialement L’Augmentation avec six comédiens, puis avec deux comédiens sous deux formes différentes, et aujourd’hui sous une forme unique. J’aime la fulgurance ludique de cette écriture. Mettre en place des contraintes et des systèmes de correspondance dans les créations, trouver des mécaniques de mots, voilà ce qui me plaît, comme un jeu oulipien. Débrayage, première pièce de Rémi De Vos, constitue un prolongement mordant et drôle de L’Augmentation etfait état du monde professionnel avec esprit. Le travail dans le tertiaire est un sujet de société qui ne cesse de m’intéresser, et la toute dernière pièce de Rémi De Vos, L’Intérimaire, que j’ai découverte aux Rencontres de Hérisson à Montluçon, lors de ma direction du CDN, traite aussi de ce sujet.
 
« On rit de soi, de la vérité de la situation et de son absurdité. »
 
En tant que femme de théâtre, vous travaillez toujours l’un des angles d’un triangle intérieur : l’amour, la mort, le pouvoir. Vous traitez ici du sommet du pouvoir dans l’entreprise.
A.-L. L. : Les textes choisis pour Débrayage  parlent d’êtres qui non seulement « débraient » en quittant leur poste mais « changent de vitesse » pour ce qui est aussi de leur vie de couple. On assiste à une séance d’embauche, à des situations d’humiliation souvent. L’entreprise parle exactement des relations des êtres entre eux. Des années 1970 pour L’Augmentation à 2010 pour Débrayage, la constante de la douleur au travail et de l’usure de l’individu pris sous le joug d’un pouvoir hiérarchique est largement perceptible. 
 
On distingue toutefois un durcissement tangible du monde de l’entreprise.
A.-L. L. : Dans L’Augmentation, un homme et une femme tentent d’obtenir une augmentation de salaire. Toute leur vie, ils s’usent à essayer de franchir des échelons qu’ils ne franchiront pas. Dans Débrayage, des hommes et des femmes tentent plutôt de préserver leur emploi ou essaient d’en trouver un. En fait, l’évolution serait ce vain mouvement pour s’en sortir ou vivre enfin avec un travail dans les mains, tandis qu’on en reste cruellement empêché. Reste pourtant l’humour…
 
Quelle est la force de ce rire théâtral à valeur de salut ?
A.-L. L. : On ne peut traiter ces problèmes de société qu’avec humour, sinon on n’a plus qu’à se pendre ou s’immoler ! Au moment des répétitions de Débrayage, l’actualité résonnait des vagues de suicides chez Orange. Tout était douloureux, et l’on riait pourtant. On rit de soi, de la vérité de la situation et de son absurdité. Quand un patron nous fait des reproches parce qu’on est parti une minute trop tôt, c’est absurde. On rit aussi des relations des êtres entre eux, de leur impossibilité à communiquer, de l’amour… et même de la mort.
 
Propos recueillis par Véronique Hotte.


L’Augmentation de Georges Perec et Débrayage, quatre extraits et un inédit de Rémi De Vos ; mise en scène de Anne-Laure Liégeois. Du 6 octobre au 6 novembre 2011. L’Augmentation à 21h, dimanche à 18h30. Débrayage à 18h30, dimanche à 15h30. Théâtre du Rond-Point 2bis, avenue F. D. Roosevelt. Réservations : 01 44 95 98 21

A propos de l'événement



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