« Abysses », un texte personnel de Davide Enia mis en scène par alexandra Tobelaim
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Dans Vudù (3318) Blixen, premier volet de sa Trilogie des funérailles, Angélica Liddell orchestre un vaste rituel sur le champ de ruines d’une passion amoureuse. À son sommet, incandescente, sa poésie de mots et d’images prône une liberté sans concessions.
L’écriture, pour Angelica Liddell, est le moteur de toute création. C’est une bouée de sauvetage dans la grande tempête de l’existence, mais c’est aussi exactement le contraire. Pour la performeuse catalane très familière des scènes françaises depuis sa venue au Festival d’Avignon en 2010 avec La casa de la fuerza (La maison de la force), mettre des mots sur ce qui la traverse est aussi un outil de mise à distance voire de destruction des autres, de leur monde dans lequel elle ne parvient pas à vivre. Ou dans une souffrance qui engendre de la colère, comme celle qu’elle dirige dans Dämon, El funeral de Bergman contre ses contemporains en général, en particulier contre ses spectateurs et les critiques de théâtre, espèce dont elle s’estime victime et incomprise. Créée dans la cour d’honneur du Palais des papes au Festival d’Avignon en 2024, ce spectacle où elle invitait notamment les comédiennes et comédiens du Dramaten – The Royal Dramatic Theatre de Suède (le théâtre fondé par le réalisateur Ingmar Bergman) à participer à un rituel funéraire et performatif constituait la seconde partie de sa Trilogie des funérailles. En découvrant deux ans après à l’Odéon – Théâtre de l’Europe la première partie de ce travail, Vudù (3318) Blixen, on a accès à l’origine de la rage qui dans Dämon animait Angelica Liddell d’une façon d’autant plus difficilement compréhensible que ce geste prenait corps dans le lieu de la reconnaissance théâtrale par excellence. Dans cet opus inaugural de la Trilogie des funérailles, l’artiste convoque le fantôme de la baronne et autrice danoise Karen Blixen pour le mêler à son déchirement personnel lié à la ruine d’une relation amoureuse. C’est-à-dire, pour Angelica Liddell, à la mort.
Rituel pour l’écriture ou la vie
Dans l’ample et complexe geste qu’est Vudù (3318) Blixen, composé de cinq parties entrecoupées d’entractes pour un total de pas moins de 5h30, on retrouve l’association d’un verbe logorrhéique et de corps formant des images à la poésie crue. Avant même qu’Angelica Liddell expose le fil narratif principal de sa performance-fleuve, soit le pacte qu’aurait conclu Karen Blixen avec le diable en l’échange du don de l’écriture, l’accouplement d’une femme nue avec un mort figuré par un mannequin donne corps aux obsessions que travaille l’artiste depuis ses débuts. L’amour et la mort forment en effet ici de nouveau un couple tumultueux à l’extrême, sujet à des métamorphoses multiples et lieu de sacrifices tout aussi nombreux et variés. Le pacte faustien de Karen Blixen inspire ici bien mieux la Catalane que les funérailles de Bergman dans Dämon, El funeral de Bergman. Ses fameux monologues qui semblent pouvoir durer infiniment jouissent de leur cohabitation avec des rituels où se jouent divers sacrifices, représentés avec l’art subtil du symbole dont sait faire preuve Angelica Liddell dans ses meilleurs spectacles. Et avec une douceur et une mélancolie que l’on a rarement vues chez elle. Si la colère et la violence sont au rendez-vous dans Vudù (3318) Blixen, la performeuse accompagnée de quelques artistes professionnels et de très nombreux figurants de tous âges – l’enfance et la vieillesse se mêlent sans cesse, de même que l’amour et la cruauté – composent une fresque à l’ambition généreuse. La réflexion qui la sous-tend sur l’écriture, vue comme un rempart contre la réalisation du pire, est un hymne à la liberté créatrice absolue.
Anaïs Heluin
du jeudi au samedi à 18h, le dimanche à 15h. Durée : 5h30 (avec quatre entractes). Tél. : 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu
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