La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

Alban Richard

Alban Richard - Critique sortie Danse
Crédit Photo portait : Yvan Clédat

Publié le 10 septembre 2009

Alban Richard secoue ses démons

Le chorégraphe est l’invité d’honneur de ce Temps Danse d’Automne au Forum de Blanc-Mesnil. Un voyage décapant à l’intérieur d’une œuvre, depuis ses débuts. Retour sur les trois soirées proposées.

« Ce qui devient de plus en plus significatif, c’est que mon travail traite d’une façon de disparaître. »
 
Cette présence signe en quelque sorte la fin d’un parcours, notamment avec Lacis, création de la dernière partie des Trois études sur la séparation. L’érotisme en est-il également le thème après Lointain et Luisance ?
Alban Richard : Lacis est un film court réalisé par Xavier Baert. Lointain portait sur l’érotisme philosophique, Luisance sur l’érotisme mystique, et Lacis se rapproche plus de l’érotisme physique, avec deux hommes et un travail autour de l’enlacement. Les deux autres duospuisaient dans un matériel composé de photographies, et là aussi je suis parti d’un objet extérieur lié à l’image, à savoir un film de combat, de lutte.

Dans les deux précédents duos, les danseurs ne se touchaient pas. Comment est traitée cette troisième étude ?
A. R. : La structure du film transforme en présences fantomatiques les deux danseurs. La danse travaille sur les prises, l’éprise, l’étranglement, quelque chose de très physique, de très concret, et au fur et à mesure le traitement cinématographique fait que ces deux corps là disparaissent et ne sont plus que des traces à l’intérieur du film. Dans le concept de séparation, on trouve beaucoup l’idée de la séparation corps-âme, avec disparition de la présence. Un corps présent, un corps absent, un corps fantomatique, un corps hanté.

Sous surveillance
est la reprise d’une ancienne pièce. Pourquoi ce choix ?
A. R. : L’idée était de faire une sorte de voyage à travers ce qu’à été le travail de la compagnie, ce qu’il est, et ce qu’il pourra être. Sous surveillance a été créée en 2002 mais très peu vue. C’est un solo qui contient presque tout ce qui va se développer par la suite. C’était important de relire une pièce « des débuts » et de voir comment elle peut contenir une réflexion en devenir. C’est une pièce qui traite de la saturation : la saturation des informations, mais aussi la saturation énergétique du corps. Elle donne à voir comment la danse est livrée par une sorte de prisme, de filtre, et comment le spectateur accueille toutes ces informations à travers le regard analytique de trois autres personnes sur le plateau.

En quoi Sous surveillance annonce-t-il des principes que l’on retrouve dans les autres pièces ?
A. R : Ce qui devient de plus en plus significatif, c’est que mon travail traite d’une façon de disparaître. On peut disparaître de mille façons, par la dissolution comme dans Downfall, par la saturation comme dans Sous surveillance, de façon énergétique comme dans Disperse, ou fantomatique comme dans As far As… Le corps, ou la personne, est toujours dans un état de transition ou bien de seuil vis-à-vis de la disparition. Le corps est aussi toujours contraint, contraint à effectuer des actions, des choses très physiques et très concrètes qui vont créer un certain type de mouvement.

Quel est le principe de la Carte Blanche intitulée Shake that Devil ?
A. R. : La Carte Blanche représente tout ce que je n’ai pas osé faire, mais que je pourrais peut-être faire ! C’est une soirée performative qui mêle danse, théâtre et musique, accueillant des artistes avec qui je travaille régulièrement pour aller dans des endroits que je ne maîtrise pas du tout. Elle suit la structure d’une journée de Théâtre Nô, qui se compose de cinq pièces. Le Théâtre Nô est un théâtre qui ne parle que de fantômes et de revenants, de personnes disparues… Il y aura plein d’invités et aussi un DJ pour finir la soirée, car on va proposer aux gens d’exorciser leurs démons sur un set de musique électro à la fin de la soirée !
 
Propos recueillis par Nathalie Yokel


Sous surveillance d’Alban Richard du 1er au 3 octobre à 20h30, Shake that Devil, Carte Blanche à Alban Richard, les 9 et 10 octobre à 20h30, Lacis d’Alban Richard et Xavier Baërt, du 20 au 23 octobre à 20h30, dans le cadre de Temps Danse d’Automne, au Forum, 1/5 place de la Libération, 93150 Blanc-Mesnil. Tel : 01 48 14 22 00.

A propos de l'événement



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