Danse - Critique

We love Arabs

Crédit : Gadi Gadon Légende : We love Arabs de Hillel Kogan.

Théâtre du Rond-Point / texte et chor. Hillel Kogan

Avec le danseur Adi Boutrous, le chorégraphe israélien Hillel Kogan interroge avec humour et subtilité la cohabitation israélo-palestinienne et ses représentations artistiques. Ses ridicules et ses clichés.

Il est des succès artistiques qui redonnent espoir en des lendemains meilleurs. Plus fraternels. Présenté pour la première fois en France en 2016, dans le Off du Festival d’Avignon à la Manufacture, We love Arabs en fait partie. Depuis qu’il a conquis le public avignonnais, le spectacle du chorégraphe et danseur israélien Hillel Kogan connaît une tournée remarquable sur l’ensemble du territoire, témoignant d’une inquiétude quant au conflit israélo-palestinien et d’un désir de voir le sujet traité dans toute sa complexité. Loin des stéréotypes véhiculés non seulement par une large partie des médias, mais par bon nombre d’œuvres qui s’y consacrent. Le Théâtre du Rond-Point est le point d’orgue de ce beau parcours. On y retrouve avec bonheur l’autodérision et la distance critique de l’artiste et de son compagnon de scène Adi Boutrous, diplômé de l’Académie de danse Maslool de Tel Aviv et lauréat de la plateforme pour jeunes chorégraphes « Shades in dance ». Tout en se désolant que l’année écoulée n’ait rien changé à l’actualité du spectacle construit sur une efficace mise en abîme. Derrière le titre aguicheur se cache en effet la fiction d’une mauvaise pièce chorégraphique, où le rapport entre chorégraphe et interprète accentue la tension qui oppose juifs et arabes.

Danse du hoummous

La trame de We love Arabs est donc aussi classique que ténue. Ce qui, loin d’être une facilité pour Hillel Kogan et Adi Boutrous, leur impose une parfaite précision dans les dialogues et les gestes qui composent leur partition. D’autant plus que le premier est tout sauf un inconnu dans le paysage chorégraphique israélien. Assistant du célèbre danseur et chorégraphe Ohad Naharin et figure centrale de la Batsheva Dance Company de Tel-Aviv, Hillel Kogan relève le défi en incarnant sur scène un double de lui-même. Un chorégraphe israélien qui se dit de gauche et fait appel à un danseur arabe pour créer un spectacle sur la cohabitation israélo-palestinienne. Le danger de l’exercice eût été de tomber dans la caricature. Or tout en multipliant les clichés concernant l’élitisme de la danse contemporaine et les différences entre les communautés représentées sur le plateau par les deux hommes, le personnage de Hillel Kogan dévoile peu à peu ses fragilités et ses paradoxes. Ses préjugés envers l’Autre qu’il voudrait pourtant pour allié dans la construction d’une paix durable. Presque entièrement porté par le chorégraphe face à un Adi Boutrous qui tire sa force de son quasi-mutisme, le texte de We love Arabs est un modèle d’écriture comique. La danse n’est pas en reste. Démonstrative et affectée, la gestuelle imposée par le chorégraphe à son danseur est à l’image du plat de hoummous que partagent les danseurs à la fin de la pièce : délicieuse.

 

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

We love Arabs
du Mardi 12 septembre 2017 au Dimanche 8 octobre 2017
Théâtre du Rond-Point
2 Avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris, France

Du samedi au dimanche à 18h30. Relâche les lundis et le 17 septembre. Tel : 01 44 95 98 00. Durée : 55 minutes. Spectacle vu à la Manufacture à Avignon en 2016.


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