La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Gros Plan

Shun-kin

Shun-kin - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Tsukasa Aoki Légende photo : Simon McBurney associe jeu d’acteurs et technique du bunraku.

Publié le 10 novembre 2010

Le Théâtre de Complicité de Simon McBurney retrouve la troupe du Théâtre Setagaya de Tokyo, dans une adaptation de nouvelles de Tanizaki autour d’une fascinante histoire d’amour.

« La véracité des êtres se trouve dans le mensonge. » grava Jun’ichiro Tanizaki (1886-1965) au creux d’une nouvelle. L’écrivain japonais sans cesse griffa la censure des pudeurs pour toucher la nature humaine, en tailler les sombres reflets, les perversions secrètes et les attraits vénéneux, au-delà de toute préoccupation morale, religieuse ou spirituelle. Dans Shun-Kin, esquisse d’un portrait (1933), il peint à fines touches les amours cruelles d’une riche héritière, qui, devenue aveugle à neuf ans, se consacre à l’art du shamisen, et finit par l’enseigner à son jeune domestique Sakuke, qui devient son amant, humilié autant que chéri. « C’est une façon de pousser la situation dans ses limites les plus extrêmes pour voir comment l’humain réagit. » commente Simon Mc Burney. « C’est très puissant parce que nous n’avons pas l’habitude de voir des personnages pris dans ce type de relation. À savoir une relation extrêmement brutale qui est en même temps une histoire d’amour très forte. En un certain sens cela dessine le parcours d’une histoire d’amour telle que tout le monde peut la connaître. L’amour ce n’est pas un lac tranquille. »
 
La passion se mêle au sadisme
 
Le metteur en scène se glisse dans les replis de cette fascinante passion mêlée de sadisme avec la troupe du Théâtre Setagaya de Tokyo, qu’il avait déjà dirigée dans The Elephant Vanishes, en 2004. En scène, il enchevêtre ce récit, quelques pages de L’Eloge de l’ombre, autre chef-d’œuvre de Tanizaki, et le temps présent. Les époques et les lieux se télescopent, les langues se chevauchent, les niveaux d’écriture s’entremêlent. Bousculant la logique linéaire, Shun-Kin tresse étroitement plusieurs sources : le passé et les années 1930, le 19e siècle et le Japon d’aujourd’hui, les souvenirs intimes de l’acteur Yoshi Oida, les échos contemporains du bunraku et du nô… Cette histoire de ténébreux désir dévoile l’étrange d’une beauté qui ne se trouve pas dans la lumière, mais dans l’obscurité. « Parce que l’idée que l’obscurité représente la connaissance n’appartient pas à notre grammaire d’Occidentaux, ajoute Simon McBurney. C’est pour ça que j’ai voulu monter ce texte. Je voulais essayer de comprendre en quoi consiste réellement ce que nous appelons le sens. »
 
Gwénola David


Shun-Kin, d’après Jun’ichirô Tanizaki, mise en scène de Simon McBurney. Du 18 au 23 novembre 2010, à 20h30, samedi 15h et 20h30, relâche dimanche, dans le cadre du Festival d’automne à Paris. Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, 75004 Paris. Rens. 01 42 74 22 77 et www.theatredelaville-paris.com ou 01 53 45 17 17 et www.festival-automne.com.

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