Delphine Hecquet présente « Requiem pour les vivants », un spectacle profondément touchant.
Vous avez déjà vu des images de jeunes gens [...]
Mélanie Leray met en scène une passionnante relecture d’Une maison de poupée, tuilant présent et passé du drame, théâtre et cinéma, avec une intelligence et une créativité éblouissantes. Remarquable !
Sur scène, Chloé et Henri, quarantenaires fringants, sont beaux, joyeux, heureux et amoureux. Un hôtel du Sussex accueille un séminaire professionnel où le brillant homme d’affaires étincelle davantage encore devant ses collègues avec sa femme, sémillante comédienne, au bras. Au dessus du plateau, l’écran révèle ce qu’on comprend progressivement être la jeunesse de Chloé, mouette d’un bord de mer inquiétant, qui se révèle en Nora à l’occasion d’un cours de théâtre autour d’Ibsen, peine à gérer les conflits avec ses camarades de classe et subit les retombées de la violence conjugale dont sa mère est victime. Sur l’écran, Chloé est Nora, déjà, Nina un peu aussi, et on l’imagine aisément en Antigone ou Cordelia, toutes ces figures de jeunes femmes abîmées par la brutalité phallocrate. Mais le plateau rassure l’écran : tout semble aller au mieux pour Chloé devenue adulte, entre un fils sage comme une image et un mari aimant, qui rêve pour son couple d’un avenir familial radieux, en rupture avec l’adolescence terrifiante de son épouse adorée. Las ! Le passé pèse comme un couvercle et le ciel bas et lourd du traumatisme menace le bonheur, comme plane le film sur la scène, en présage autant qu’en explication. La scénographie installe l’angoisse du huis clos et de l’histoire de la violence avec une intelligence confondante.
Captivante archéologie des affects
Comment Nora décide-t-elle de quitter Torvald ? Comment Lénaïg, la mère de Chloé, fuit-elle son bourreau ? Pourquoi Chloé ne parvient-elle pas à échapper à la compulsion névrotique qui la persécute ? « Remémoration, répétition, perlaboration » aurait dit Freud, qui connaissait bien les pièces d’Ibsen. Si Marie Denarnaud, qui confirme son talent sur scène, et Prune Bozo, qui révèle de manière stupéfiante et très prometteuse le sien à l’écran, sont également bouleversantes dans le rôle de Chloé aux deux âges de sa souffrance, Arthur Igual est magistral en Henri, avatar de Torvald, aussi égoïstement détestable que l’est l’exécrable époux de Nora. Le dialogue étincelant entre théâtre et cinéma se double d’une savante et suggestive alliance entre le jeu et la saisie des affects en gros plan, la pièce se doublant d’une performance filmique en direct. A cette maîtrise technique époustouflante, s’ajoute la poésie déchirante que Maud Gérard insuffle à la marionnette de l’enfant, ultime héritier de la violence, muet comme une poupée en cette maison maudite. La maestria des interprètes du drame théâtral (Julie Henry, Félicien Cottanceau et Aude Ponthieux complètent la distribution) et l’incisive vérité de ceux du film (Pauline Parigot, Emmanuelle Bercot, Alban Dussin, Marius Cahen, Adèle Cahen, Alice Goyat, Laurent Meininger, Sabrina Delarue, Léon Moreau, Mona Gessiaume Henry et Eliott Benkemoun Leray) sont éclatantes. Ce spectacle ouvre des pistes de réflexion passionnantes sur les violences intrafamiliales, leur sociologie et leur psychologie, mais aussi sur l’art théâtral et les affres de ceux qui s’y consacrent. Mélanie Leray offre, avec ce spectacle foisonnant, une œuvre de grande beauté et l’assurance de sa force créatrice.
Catherine Robert
Du mardi au vendredi à 19h30 ; samedi à 18h30. Tél. : 01 44 95 98 21. Durée : 1h50. Tournée : du 25 au 28 mars au Mixt, à Nantes ; du 31 mars au 2 avril au Quai d’Angers.
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