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Classique / Opéra - Gros Plan

Paris voit double : La Traviata simultanément à Bastille et au TCE

Paris voit double : La Traviata simultanément à Bastille et au TCE - Critique sortie Classique / Opéra Paris Opéra Bastille
Le chef Jérémie Rhorer, directeur musical de la nouvelle production de La Traviata au Théâtre des Champs-Elysées.

OPERA BASTILLE / THEATRE DES CHAMPS-ELYSEES

Depuis quelques années le chef-d’œuvre verdien a été fêté d’innombrables manières. Qu’en sera-t-il de la nouvelle production de Deborah Warner au TCE, coïncidant avec la reprise de la Traviata de Benoît Jacquot à l’Opéra Bastille ?

Il y a du naturalisme dans la Traviata. L’opéra, par la voie des vanités, des affaires d’intérêt, et surtout de la maladie, se veut miroir du monde contemporain. Pour cette raison, certains arguent qu’il faut chanter et jouer cela avec un décor qui soit d’aujourd’hui. En 2007 Christoph Marthaler n’avait pas hésité à monter sur la scène de Garnier une tondeuse à gazon, confiée à un Germont fils dépeint en adolescent maladroit. Dans une ferveur semble-t-il iconoclaste, l’invasion d’éléments visuellement et sonorement dissonants avait interrogé. Est-ce donc à dessein, dans une volonté de prendre à contrepied ce type de lecture, que dans sa mise en scène à l’Opéra Bastille le cinéaste Benoît Jacquot choisit d’accuser le tableau de mœurs, rapprochant sa Violetta d’une Olympia de Manet, n’hésitant pas à travestir les bohémiennes et toréadors de l’acte II ? D’aucuns seront frappés par le volume insensé de la scène (que soulignent des décors réduits à des accessoires géants), par la licencieuse chorégraphie de Philippe Giraudeau, instaurant un second Empire fantasmé.

Benoît Jacquot et Deborah Warner : deux visions différentes

C’est une toute autre vision de la Dame aux Camélias que révèlera la nouvelle production de Deborah Warner au Théâtre des Champs-Elysées. Warner, qui n’en est pas à sa première Traviata, est plutôt partisane d’un symbolisme tout puissant, auquel se joint un art consommé de la direction d’acteurs. Il y a une dizaine d’années au Theater an der Wien de Vienne, sa Traviata prenait place dans un sanatorium immaculé, sur fond de décors progressant inexorablement au rythme des saisons. Côté distribution, la metteuse en scène aura mainmise sur un plateau de fringants trentenaire parmi lesquels les populaires Saimir Pirgu, Vannina Santoni, Catherine Trottman et Clare Presland. Cast aux antipodes pour Bastille : applaudie dernièrement en Adina et en Micaëla, Aleksandra Kurzak assume le rôle-titre, retrouvant Jean-François Borras – et ponctuellement son mari Roberto Alagna, le 26 octobre – en Alfredo. Les nostalgiques de la précédente distribution se féliciteront du retour d’Ermonela Jaho, qui sera la Violetta de décembre face à Charles Castronovo. Et tandis que Bastille retrouvera son Chœur et Orchestre, les veinards qui feront halte Avenue Montaigne pourront entendre l’audacieux Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie ressusciter sur instruments d’époque le fameux « la verdien » à 432 Hz, occasion rare pour ne pas dire unique.

 

Julien Hanck

A propos de l'événement

Paris voit double : La Traviata simultanément à Bastille et au TCE
du Samedi 29 septembre 2018 au Samedi 29 décembre 2018
Opéra Bastille
120 rue de Lyon, 75012 Paris

à 19h30 (14h30 les dimanches). Tél. : 08 92 90 90.


Théâtre des Champs-Élysées, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris. Les 28 novembre, 1, 3, 5, 7 décembre 19h30 et 9 décembre à 17h. Tél. : 01 49 52 50 50.


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