La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Paola Comis et Sandrine Lanno

Paola Comis et Sandrine Lanno - Critique sortie Théâtre
Crédits photos : DR

Publié le 10 janvier 2012 - N° 194

Le chaos d’exister

Avec, comme matériaux textuels, Abbés, de Pierre Michon, ainsi que des témoignages d’agriculteurs et de prêtres, Paola Comis et Sandrine Lanno construisent un spectacle autour du chaos d’exister.

Comment ce spectacle s’inscrit-il dans votre œuvre à deux ?
Paola Comis : Nous avons déjà créé ensemble un diptyque sur l’identité : Ces bottes sont faites pour marcher, et Question : où nagent les grands-mères ? Nous voulions continuer à interroger ce que nous sommes et nous avions envie d’autres formes de narration, non pas linéaires mais plus proches de la danse. Nos identités sont faites de strates, de bouts, de morceaux : nous voulions explorer cette forme.
 
Comment ce nouveau spectacle est-il né ?
Sandrine Lanno : Cette fois-ci, nous avions envie de nous frotter à une matière textuelle. J’ai fait lire Pierre Michon à Paola, en lui proposant d’en reparler ensuite, et le hasard a fait que nous avons toutes les deux relevé la même phrase, dans Abbés : « Toutes choses sont muables et proches de l’incertain. » C’est cette phrase qui inspire le titre du spectacle. Nous avons lu tout le reste de l’œuvre de Michon mais nous nous sommes arrêtées sur Abbés, composé de trois nouvelles, toutes sur ce même thème du muable et de l’incertain. Nous avons choisi de retenir la troisième qui raconte l’ascension et la chute d’un prêtre. Ensuite, nous nous sommes questionnées : quelle population et quelle professions sont aujourd’hui mises à mal ? Nous avons choisi les agriculteurs et les prêtres, dans la continuité du texte de Michon, et parce que ceux qui choisissent ces métiers s’y engagent a priori pour toute une vie. Or, ce qui est muable, aujourd’hui, c’est notre travail : peut-on encore 

choisir d’avoir le même métier toute sa vie ?

P. C. : Nous ressentons tous un sentiment de fragilité, de précarité dans nos vies. C’est ce que nous nommons le chaos d’exister. Dans ce spectacle, nous avons voulu montrer ce que produit cette précarité sur nos identités. Habituellement, nous partons d’improvisations et chacun écrit une partie du texte. C’est la première fois que nous avons autant de textes au départ. Nous sommes partis de la nouvelle de Michon, que nous avons beaucoup resserrée, et des témoignages recueillis.
S. L. : Une partie de l’écriture s’est faite en amont, mais une partie s’écrit aussi collectivement, au plateau.
P. C. : Car il a fallu déterminer comment incarner et distribuer les témoignages. Nous frottons les textes aux contraintes scéniques, à l’univers sonore créé par Fanny Martin et à la musique de Theo Hakola : en tordant ces matériaux dans tous les sens, nous en tirons un fil, un sens.
 
« Peut-on encore choisir d’avoir le même métier toute sa vie ? » (S. L.)
 
Quel est ce sens ?
S. L. : Au départ, nous avons voulu interroger la muabilité : la notion de choix, les métiers, les rêves dont on change. Et est-ce que qu’une solution serait de repartir de zéro ? Il y a des âges de la vie où ces interrogations surgissent et où se pose la question de la réalisation de ses fantasmes, de son désir de vivre ailleurs, de la réalisation de ses rêves d’enfant… Plutôt que d’imposer un sens, nous voulons formuler des questions et faire en sorte que le spectateur en arrive à un questionnement personnel grâce aux témoignages.
 
Comment travaillez-vous ensemble ?
P. C. : Moi, je suis toujours à la fois dedans et dehors ; au plateau et à l’extérieur du plateau. Sandrine, elle, est toujours à l’extérieur. Nous avons inventé notre façon de travailler ensemble.
S. L. : De l’extérieur, j’ai plus une vision globale du rythme du spectacle. Nous croisons nos idées, nos équipes, nous choisissons ensemble les interprètes. Nous partageons nos idées et nous nous mettons d’accord sans en passer par des rapports de pouvoir : il y a une chose assez évidente dans ce travail à deux !
P. C. : Et cette évidence est d’autant plus précieuse que, justement, ce n’est pas toujours évident d’être ensemble dans cette évidence !
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Muable et incertain, projet et mise en scène de Paola Comis et Sandrine Lanno. Du 10 au 21 janvier 2012 à 20h30 ; relâche les 15 et 16. Maison des Arts de Créteil, 1, place Salvador-Allende,  94000 Créteil. Tél : 01 45 13 19 19.

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