La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Entretien / François Le Pillouër

« Nous sommes très inquiets pour l’avenir de la culture »

« Nous sommes très inquiets pour l’avenir de la culture » - Critique sortie Avignon / 2009
Légende : François Le Pillouër

Publié le 10 juillet 2009

« Culture en danger »… L’avertissement tonne en lettres capitales tandis que montent l’inquiétude et la mobilisation des acteurs de la culture. François Le Pillouër, Président du Syndeac (Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles), fait le point sur les sujets qui fâchent.

« Pour nous, cette politique s’inscrit dans le démantèlement général des services publics et relève plus d’un choix idéologique que d’un manque de moyens. »
 
Quelles sont les menaces qui pèsent selon vous aujourd’hui ?
François Le Pillouër : La contre-réforme des collectivités territoriales, menée sous couvert de modernisation administrative, effectue en réalité une re-concentration qui va à l’encontre de la décentralisation. D’une part, la suppression de la clause de compétence générale actuellement étudiée aboutirait à une spécialisation des prérogatives des régions et départements, leur ôtant la possibilité d’intervenir dans le secteur de la culture, mais également du sport et de la jeunesse, de l’aide à la citoyenneté, des politiques éducatives, etc.. D’autre part, la compensation, partielle, de la taxe professionnelle par une dotation de l’Etat, réduit leurs financements et les transforme en guichetiers. Une trentaine de départements a d’ores et déjà répercuté cette baisse sévère sur les associations, ce qui a des effets ravageurs sur le tissu artistique et culturel de notre pays et qui s’ajoute aux conséquences de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) et à la dégradation de la situation des intermittents du spectacle.
 
Quel est concrètement l’impact de la RGPP ?
F. L. P. : Elle témoigne d’une vision épicière de la culture. Alors que les marges artistiques sont déjà laminées, les exigences de réduction des coûts se traduisent par des coupes dans les programmations, des licenciements et une tension sur le marché de la production et de la diffusion des spectacles. Pourtant, le public est là ! Ces mesures sont en contradiction avec les objectifs de démocratisation culturelle, car elles affectent les populations les plus modestes, puisque les structures sont ou seront contraintes d’augmenter leurs tarifs et que les budgets d’action culturelle sont les plus amputés. Pour nous, cette politique s’inscrit dans le démantèlement général des services publics et relève plus d’un choix idéologique que d’un manque de moyens. La réduction du taux de TVA accordée aux restaurateurs équivaut à tout le budget de la culture ! Le Conseil de la création artistique, en promettant de faire du pétillant et pas cher, ne fait que cacher les problèmes fondamentaux posés par la politique gouvernementale.
 
Quelle alternative proposez-vous ?
F. L. P. : Tout d’abord, le vote d’une loi d’orientation qui établisse l’importance des arts et de la culture pour la France, ainsi que la place des artistes dans la société, puis le vote d’une loi de programmation qui fixe les moyens dédiés. Ce cadre posé permettrait de procéder à la refonte des labels, de créer de nouveaux pôles, d’améliorer la coordination entre les réseaux. Nous avons également proposé un vaste plan d’éducation artistique et de démocratisation culturelle, une nouvelle étape de la décentralisation, une politique culturelle européenne et internationale ambitieuse, la création d’un observatoire national qui fournisse des données fiables sur le secteur culturel… Toutes ces propositions n’ont eu aucun écho. La France n’a pas su profiter de la présidence de l’Union européenne pour inscrire la culture parmi ses priorités alors qu’elle était attendue sur ce sujet. Le réseau culturel français à l’étranger est dépecé. Bref, le gouvernement manie un discours réformiste pour enfumer les esprits et veut passer en force.
 
Comment la situation a-t-elle évoluée depuis un an ?
F. L. P. : Nous avons travaillé 18 mois aux « Entretiens de Valois », sans résultats concrets. Aujourd’hui, la mobilisation des professionnels grandit et, faute de négociation, l’affrontement semble de plus en plus inéluctable. Nous sommes très inquiets pour l’avenir, d’autant que le dossier du régime d’indemnisation des intermittents du spectacle n’est pas réglé !
 
Entretien réalisé par Gwénola David, en avril 2010.

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