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Théâtre - Critique

Marina Hands reprend sa mise en scène de « Six personnages en quête d’auteur » : la fiction familiale contre le métathéâtre

Marina Hands reprend sa mise en scène de «  Six personnages en quête d’auteur » : la fiction familiale contre le métathéâtre - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Vieux-Colombier
Six personnages en quête d’auteur mis en scène par Marina Hands © Christophe Raynaud de Lage – Coll Comédie-Française

Théâtre du Vieux-Colombier / Texte de Luigi Pirandello / Mise en scène de Marina Hands

Publié le 23 janvier 2026 - N° 340

Avec une distribution pour partie modifiée, Marina Hands reprend sa première mise en scène personnelle, Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello. En privilégiant le drame familial au détriment du métathéâtre, elle passe à côté de la singularité du texte.

C’est un Christian Gonon mi-dansant mi-gesticulant qui nous accueille dans la salle du Théâtre du Vieux-Colombier. Au plus près des spectateurs invités à s’assoir d’un côté et de l’autre de l’estrade où il s’agite, le comédien joue à l’interprète qui s’échauffe. Ou plutôt, il surjoue ce travail de l’acteur qui se fait habituellement à l’abri du regard du public. À l’arrivée de son metteur en scène (Serge Bagdassarian), il interrompt son exercice pour échanger avec le nouveau venu des mots que des auteurs du passé tels Paul Claudel eurent sur le théâtre, avec ironie. Une fois arrivées la partenaire de jeu de Christian Gonon (Coraly Zahonero) et leur assistante (Anne Suarez) – tous portent sur scène leurs prénoms réels –, commence la répétition d’une pièce d’un certain Pirandello. C’est là que Marina Hands prend une véritable distance par rapport à la pièce originale écrite en 1921, affirmant le désir de la rapprocher de notre époque. Au lieu d’une baston entre deux cuisiniers à laquelle les acteurs se prêtent de mauvaise grâce, c’est à une scène conjugale que l’on assiste : un homme rentre au domicile et croit pouvoir disposer à sa guise du corps de sa femme qui n’en a guère envie. Aujourd’hui, pareille représentation ne passe plus aux yeux de Coraly, qui n’hésite pas à qualifier Pirandello de « vieillot », pour ne pas dire misogyne et réactionnaire. Là s’arrête l’adaptation du texte. Les six personnages viennent prendre le relai des violences sexuelles et relèguent la troupe qui a ouvert le sujet à une place trop secondaire.

La famille contre le métathéâtre

Alors que les acteurs incarnant les membres de la troupe en manque d’inspiration autant que d’argent ne sont plus les mêmes qu’à la création du spectacle en 2024, les personnages, eux sont toujours portés par les mêmes acteurs : Thierry Hancisse dans le rôle du père, Clotilde de Bayser de la mère, Adeline d’Hermy en belle-fille et Adrien Simion en fils, plus Siméon Ruf en adolescent et trois petites filles en alternance pour le rôle de l’enfant. Dès leur irruption sur le petit espace de jeu de la troupe, ces « personnages en quête d’auteur » portent la nouvelle traduction de la pièce par Fabrice Melquiot avec une intensité qui écrase d’emblée celles et ceux qui jouent des acteurs. Thierry Hancisse s’extirpe du public auquel il était mêlé avec une rage qui donne le « la » à tous les autres qui forment avec lui une famille des plus dysfonctionnelles. La force souvent très criarde avec laquelle ces personnages viennent exposer leur histoire – au centre de laquelle, la prostitution de la belle-fille, et sa rencontre fortuite dans une maison de passe avec le père – à la troupe ne fait pas que contribuer à effacer cette dernière. C’est la dimension métathéâtrale de la pièce de Pirandello qui est ainsi reléguée à un arrière-plan, alors que celle-ci constituait toute sa singularité au moment de son écriture. Si cet aspect alors très novateur semble aujourd’hui avoir fait date, la fiction familiale telle que défendue ici dans les cris et les larmes n’a guère assez d’étoffe pour prétendre ainsi écraser presque totalement la troupe, dont l’inconsistance peut ici être prise pour une critique de l’art théâtral, de son incompétence face au réel.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Six personnages en quête d’auteur
du samedi 21 février 2026 au dimanche 1 mars 2026
Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris

Le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h30, dimanche à 15h. Tel : 01 44 58 15 15. Durée : 2 heures. https://www.comedie-francaise.fr/

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