Margaux Eskenazi et sa compagnie Nova présentent « Kaddish, La femme chauve en peignoir rouge » d’après l’œuvre d’Imre Kertész : un beau chemin d’exploration
Margaux Eskenazi et sa compagnie Nova [...]
Près de 60 ans après en avoir été chassées parce que juives, trois championnes de natation se retrouvent à Vienne pour une drôle de cérémonie qui se veut réparatrice. Écrit et mis en scène par Lisa Wurmser, un remarquable spectacle qui exprime la douleur de la perte mais aussi la force de la résilience. Avec les sublimes Francine Bergé, Flore Lefebvre des Noëttes et Bernadette Le Saché.
« Allegria, allegria, allegria ! » Elles sont vivantes et virevoltantes. Elles sont belles. Hannah vit à Buenos Aires, Rachel à New York, Esther à Tel Aviv. Unies par une vieille amitié, par une même passion de la natation, par le souvenir d’une vie commune qu’elles chérissaient, avant d’en être chassées. Une vie perdue, assassinée, effacée par les nazis. Elles se retrouvent en 1995 à Vienne, dans la ville tant aimée de leur jeunesse, qui les invite afin de leur restituer leurs titres qui leur furent confisquées, suite à l’annexion de l’Autriche par le « peintre en bâtiment » en mars 1938. Toutes trois furent la fierté du Club de sport juif Hakoah (« la force » en hébreu), fondé à Vienne en 1909, alors que les athlètes juifs étaient interdits d’entrée dans les autres clubs autrichiens. Nombre des membres de ce club bien nommé devinrent des athlètes primés, à l’instar de Matthias Sindelar, surnommé « le Mozart du football », assassiné en 1939, à l’instar de ses nageuses qui brillèrent dans les compétitions nationales. S’inspirant librement du beau film Watermarks (2004) de Yaron Zilberman, qui retrace le parcours de sept survivantes du club, Lisa Wurmser éclaire le destin de trois championnes de manière à la fois poignante et presque joyeuse, laissant affleurer par de multiples touches autant le terrifiant malheur d’une époque funeste que le désir de vivre, et d’aimer. Les sublimes interprètes accordent à ces femmes fortes et fières une bouleversante profondeur, à l’occasion de cette cérémonie un peu spéciale. Aucun officiel, un café désert où officie un serveur et maître de cérémonie de plus en plus étonnant – impeccablement incarné par Nicolas Struve -, un insipide Strudel qui a perdu sa saveur : le ratage ici dit beaucoup…
« L’eau, je la sens encore »
Malgré cette parodie de remise de prix qui les relègue à une absolue solitude sociale, leurs poignantes retrouvailles s’élèvent merveilleusement contre leur disparition programmée. Podiums et robes scintillantes le prouvent : elles rayonnent… Chacune a une personnalité singulière. Avec sa belle élégance de danseuse, son jeu tout en contrastes, Francine Bergé est Rachel. Toujours remarquablement juste, jamais démonstrative, Flore Lefebvre des Noëttes est Hannah. Bernadette Le Saché interprète de manière poignante et fine Rachel l’Américaine. S’extirpant avec finesse et légèreté de l’écueil du réalisme, faisant place à la force tumultueuse du souvenir, à la puissance des émotions, à l’élan du corps qui s’élance et se dépasse, ce spectacle d’une grâce extrême se refuse à laisser triompher le malheur. De manière très judicieuse, le texte et la mise en scène se rejoignent pour installer un décalage subtilement pensé, une ironie poignante, dans ce café qui se métamorphose pour se rapprocher du cabaret Hölle (L’Enfer), lieu célèbre où se produisirent nombre d’artistes juifs. La musique d’Éric Slabiak et les chansons en allemand, anglais, espagnol et yiddish sont pleinement intégrées à la partition. Certaines bouleversent. Dans une mise en scène limpide, la pièce alerte sur le poison nationaliste, rend palpable la douleur de la perte, mais aussi la formidable résilience de ces trois femmes. C’est très beau, très touchant. « L’eau, je la sens encore. » dit Esther, la plongeuse qui fut tant admirée.
Agnès Santi
jeudi, vendredi et samedi à 19h, dimanche à 17h.
Relâche les 21 et 22 mai.
Tél : 01 42 93 13 04.
Durée : 1h15. Spectacle vu à la Comédie de Picardie.
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