La Terrasse

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Théâtre - Critique

Les Bacchantes d’Euripide, mis en scène par Bernard Sobel

Les Bacchantes d’Euripide, mis en scène par Bernard Sobel - Critique sortie Théâtre Gennevilliers T2G
Le quatuor des Bacchantes © H. Bellamy

Reprise / d’Euripide / mes Bernard Sobel

Publié le 24 janvier 2019 - N° 273

Bernard Sobel recourt à cette pièce paradoxale d’Euripide pour dire la complexité de notre monde. Une mise en scène sans artifice qui invite à s’interroger sur la dualité de l’être humain, tendu entre raison et barbarie.

C’est n’est sans doute pas un hasard si à plus de 80 ans, Bernard Sobel a choisi de monter Les Bacchantes, considéré comme le dernier texte du poète grec (408 avant J.-C.). Un poète qui assistait au changement du destin de la Grèce, marquée par les deux guerres du Péloponnèse. Une situation qui fait écho à la « rupture anthropologique » face à laquelle beaucoup, dont Bernard Sobel, considèrent que nous sommes placés. Devant le désarroi que suscite ce passage d’un monde à un autre, que faire ? L’ouverture du spectacle donne un indice. Une vidéo projetée en fond de scène montre des hommes en train de construire un décor. Belle entrée en matière pour cette pièce sur l’illusion théâtrale – le dieu du théâtre étant Dyonisos. Un personnage ambigu et paradoxal, qui pour mieux démontrer sa divinité aux Thébains incrédules (Penthée en tête), prend l’apparence d’un homme. Un personnage à l’image de la pièce : Les Bacchantes brouille sans cesse les cartes au point que l’on ne sait plus reconnaître le fou du sage, le sage du tyran.

Altérité et monstruosité

Bernard Sobel ne cherche pas à évacuer cette complexité. C’est dans l’épure du décor, la clarté des lumières, le brut des costumes, le naturel du jeu, qu’il fait apparaître des lignes de force. Par la disposition de ses personnages en face-à-face, en particulier Penthée – incarné par l’excellent et nuancé Matthieu Marie – et Dionysos – incarné avec talent par Vincent Minne – , il nous montre bien que deux thèses s’affrontent : d’un côté, un monde établi, où règnent l’ordre et la raison. De l’autre, l’altérité portée par un nouveau monde dominé par la confusion ou la sauvagerie. Tout cela sans manichéisme, car comme le dit Michèle Raoul-Davis, fidèle collaboratrice de Bernard Sobel, « si l’on refuse, individu ou société, d’admettre en soi les éléments d’altérité que tout groupe, tout être humain porte en lui sans toujours le savoir, alors le stable, le régulier, l’identique bascule et s’effondre, comme si c’était ce groupe, cet individu qui devenait monstrueux. » C’est cette dualité de l’homme, cette barbarie que chacun porte en soi, qu’il faut reconnaître et accepter. L’image vidéo finale, qui donne à voir un grappin détruisant le décor du début, est à cet égard doublement signifiante. On peut y voir précisément cela : à savoir que l’homme comporte en lui la création comme la destruction. On peut y lire également une métaphore de ce que nous vivons : nous savons quel monde nous quittons, lequel allons-nous trouver ? Bernard Sobel, humblement, nous indique qu’il n’y a pas de réponse. Si ce n’est, peut-être, l’immuable illusion théâtrale.

Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Les Bacchantes d’Euripide, mis en scène par Bernard Sobel
du vendredi 8 février 2019 au dimanche 10 février 2019
T2G
41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers

Le 8 février à 20h, le 9 à 18h, le 10 à 16h. Tél : 01 41 32 26 26. Durée : 1h30 sans entracte. Spectacle vu au Théâtre de l’Épée de Bois.

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