La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Kenzo Tokuoka

Le Carré Curieux : communiquer plus que montrer

Le Carré Curieux : communiquer plus que montrer - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Un spectacle inventif, fraternel et insolite qui réinvente et détourne les disciplines du cirque, par un quatuor singulièrement accordé, composé de Luca Aeschlimann, Kenzo Tokuoka, Gert De Cooman et Vladimir Couprie.

Vous avez tous les quatre décidé de créer un spectacle après votre rencontre à l’ESAC à Bruxelles. Qu’est-ce qui motive cette volonté de rester ensemble ?
 
Kenzo Tokuoka : La volonté de rester ensemble, ce sont des connivences avant tout humaines, mais aussi, bien sûr, artistiques. Notre premier spectacle, Le Carré Curieux, éveille déjà de nouveaux projets, nous avons en commun une curiosité jamais rassasiée. Entre nous, il y a de la folie, du respect, des divergences…. mais par-dessus tout de la confiance et de l’admiration mutuelle.
 
Vos numéros très ludiques détournent les  habitudes et l’idée de prouesse. Comment travaillez-vous ?
 
K. T. : « Lorsque je travaille, je suis sérieux comme un enfant qui joue ». Cette phrase de Picasso nous a toujours paru être le reflet le plus honnête de notre démarche. Nous nous efforçons de retrouver une naïveté, une spontanéité que nos vies adultes nous font trop souvent oublier. Sans jamais perdre de vue le fait que notre création est un acte artistique réfléchi et éminemment “adulte“. L’ironie nous est chère, pour sa puissance subversive : induire des contraires pour mettre en lumière une vérité qui dérange. Si elle a pour fonction de divertir, cette diversion nous plaît ! Car nous pensons qu’il ne s’agit pas d’une légèreté décalée et frivole, mais d’une raillerie nécessaire à l’entièreté de notre propos.
 
« C’est un engagement de vie, de refus de l’immobilisme, qui motive ces explorations nouvelles. »
 
Comment vous emparez-vous de vos disciplines : jonglages, mât, monocycle… Que voulez-vous montrer au public ?
 
K. T. : Ce que nous avons toujours recherché, c’est de ne jamais démontrer quoi que ce soit. Nous sommes amoureux de la prouesse, mais pas en tant que finalité. Chacun à notre manière, nous avons développé avec notre agrès un vaste langage physique. Nous avons essayé de ne jamais aborder les disciplines utilisées dans le spectacle sans y ajouter une touche « curieuse » : le mât que nous utilisons n’a pas de haubans, il devient donc plus un agrès d’équilibre que d’acrobatie pure et musclée, un instrument d’écoute et de confiance. Le diabolo se fait toupie volante, flottant sur le fil de l’imaginaire. La balle lancée au sol fuit la ligne droite et dessine une ellipse enivrante. Le monocycle dissimulé transforme son cavalier en être glissant, créature fantastique. Sans renier l’origine de ces disciplines, il nous semble primordial de les dépasser, de les faire évoluer, non dans une envie de sensationnel mais plutôt avec la conviction farouche que l’on peut toujours aller voir plus loin, que rien n’est acquis. C’est un engagement de vie, de refus de l’immobilisme, qui motive ces explorations nouvelles. Ces disciplines réinventées sont des outils symboliques de cet engagement. Il s’agit toujours de communiquer plus que de « montrer ».
 
En quoi votre travail est-il une “utopie circassienne“, selon vos propres mots ? 
 
K. T. : Nous nous efforçons de créer une vision alternative de nos modes de vie, de communication, par le biais de disciplines de cirque transcendées. Nous cherchons à magnifier les relations humaines de ce curieux quatuor, par le biais d’un voyage dans le sur-humain, le fantastique, tout en restant conscients de notre modeste condition. Pour un spectacle où l’acrobatie est vecteur d’une insolite et profonde fraternité.

Propos recueillis par Agnès Santi


Le Carré Curieux, de et avec Luca Aeschlimann, Kenzo Tokuoka, Gert De Cooman et Vladimir Couprie du 8 au 27 juillet, relâche les 14,15 et 21, dans le cadre de Midi Pyrénées fait son cirque, à l’Espace Vincent de Paul, Ile Piot, sous chapiteau. Tél. : 04 90 33 46 59.

A propos de l'événement



x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur Avignon

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur Avignon en Scènes