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L’excellent Mounir Margoum, dirigé par Jean-Louis Martinelli, s’empare du roman dans lequel Xavier Le Clerc raconte son père. À travers cette histoire particulière, se dessine celle de l’immigration.
Xavier Le Clerc a choisi l’apaisement plutôt que la revendication ; il rêve d’une réconciliation entre la France et l’Algérie sur le modèle franco-allemand d’une amitié par-dessus les tombes. À l’époque de la Marche pour l’égalité, des premiers succès électoraux du Front national à Dreux, Xavier Le Clerc est encore un très jeune enfant. Son élucidation de la trajectoire de l’immigration est davantage nourrie par la littérature et la psychologie que par la sociologie et la politique, et son texte a l’immense mérite d’illustrer l’analyse d’Abdelmalek Sayad montrant que les immigrés ne forment pas un ensemble homogène. Xavier Le Clerc, qui a francisé son patronyme pour échapper au racisme, apparaît ainsi comme le modèle irénique d’une intégration réussie, passant, grâce aux livres, à l’étude et au mérite, des bidonvilles de son enfance aux maisons de luxe pour lesquelles il est devenu recruteur. Reste néanmoins l’énigme du « Nom-du-Père », dont Lacan dit qu’il échappe au langage qu’il fonde, et autour duquel tourne l’enquête familiale et introspective que mène l’écrivain.
Le fils du pauvre
Comment se construire quand on est le fils d’un homme sans titre, sinon de résidence et de transport ? Qui est cet homme, emblème de tous les étrangers venus reconstruire la France d’après-guerre, attaché comme à des papiers d’identité à sa carte d’ouvrier, assignat d’une assignation à n’être jamais qu’un corps au travail ? Seul en scène, le comédien Mounir Margoum s’empare avec une grande élégance de cette enquête, qu’il mène avec la même douceur que celle qui caractérise la parole de son auteur. Jean-Louis Martinelli réalise une scénographie sobre et adroite, qui, avec quelques meubles et des projections en fond de scène, évoque la sidérurgie des Trente Glorieuses, avide de travailleurs aux dents saines, aux bras et aux dos solides, ainsi que la modestie, voire la misère, de la condition de ces derniers. Les lumières de Jean-Marc Skatchko et la création sonore de Joan Cambon magnifient l’espace de jeu dans lequel Mounir Margoum prouve l’étendue et l’intensité de son talent. Le comédien passe d’une émotion à l’autre avec une fascinante souplesse. Point de pathos, pas plus de récriminations que de jérémiades : le comédien dit simplement cette langue sans fioritures ni lyrisme. Alliant justesse et justice, il porte haut ce texte où l’hommage prend la forme d’une double anamnèse, celle du fils et celle du père, et d’un portrait, en creux, des rapports encore à élucider – par les sciences humaines autant que par la littérature, et sans doute aussi par le discours politique – de ce qui reste tu des humiliations et des brutalités de l’histoire coloniale.
Catherine Robert
Lundi, mardi, jeudi, vendredi à 19h, samedi à 17h, dimanche à 15h. Tél. : 01 42 74 22 77. Durée : 1h20.
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