La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

In Vitro 09

In Vitro 09 - Critique sortie Théâtre
Crédit : Philippe Cibille Légende : Les créatures d’In Vitro, entre humanité et animalité

Publié le 10 décembre 2010

Dix ans après… Tel pourrait être le sous-titre du spectacle, qui prend pour point de départ la pièce de 1999, retraversée par des interprètes sortis d’écoles de cirque européennes et brésiliennes.

Ces dix dernières années ont marqué la montée en puissance du cirque contemporain, encouragé par le travail des pionniers en la matière comme la compagnie Archaos. Ils avaient ouvert la brèche de l’insolence et de la liberté de penser un cirque décomplexé, brisant les codes de la joliesse et du poétique à tout prix pour mieux parler du monde dans toute sa complexité. Que reste-t-il aujourd’hui, à travers ce projet de reprise qui pose frontalement la question du répertoire, démarche encore rarissime dans le champ du cirque ? Archaos se replonge dans l’histoire imaginée à partir d’un fait de société de 1996, celui de la brebis Dolly, premier mammifère cloné. Le scénario donnait corps à une drôle de ménagerie, réunie par un savant fou prétexte aux inventions de corps. Aujourd’hui incarnés par de jeunes interprètes issus d’écoles du Brésil, de France, de Belgique et de Grande-Bretagne, les personnages rejouent devant nous ce théâtre d’anticipation, où les créatures sont des êtres hybrides, où la science sans conscience règne en maître. Les femmes-gallinacées côtoient les hommes-bovidés, sous les yeux des laborantins qui observent et ordonnent ce monde dans un espace circulaire et tournoyant comme un manège. Avec le recul, on ne peut cependant pas balayer les dix ans qui se sont écoulés entre un scénario alarmiste sur les dérives du clonage et de la science, et ce qui aujourd’hui ne constitue plus ni actualité, ni menace, ni fait de société.
 
Un laboratoire où le circassien n’est plus un monstre hybride
 
In Vitro n’a plus la portée à laquelle le spectacle pouvait prétendre initialement. Les personnages versent davantage dans la parodie animale que dans l’étrangeté et dans l’hybridité assumées. Curieusement, c’est d’ailleurs l’humain débarrassé de ses peaux de bêtes et autres bonnets à plumes qui donne à voir les plus beaux numéros. La relation entre le savant et ses créatures est au centre du propos : il observe et interagit avec les femmes dans la finesse, remettant sans cesse à l’épreuve l’une d’entre elles dans son cerceau, ou éprouvant l’équilibre d’une autre sur son fil. Une attitude qui conduira à sa perte ! Il tire les ficelles d’un monde sans affect qui cherche une échappatoire à travers la fête. Moment de délire et d’extravagance indispensable pour cette étrange communauté qui attend son heure, il ne suffit pourtant pas à décoiffer le propos ou à ébranler le spectateur. Manquent le brin de folie, la singularité, le caractère suffisamment trempé qui afficheraient la signature d’Archaos et permettraient de faire de ce spectacle une forme ambitieuse, plutôt que sans prétention.
 
Nathalie Yokel


In Vitro de la compagnie Archaos et l’Ecole de cirque de Rio, jusqu’au 26 décembre, le mercredi, vendredi et samedi à 20h30, le jeudi à 19h30, et le dimanche à 16h (relâche lundi, mardi, et matinée exceptionnelle le 25 décembre à 16h) à l’Espace Chapiteaux du Parc de la Villette, 211 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris. Tel : 01 40 03 75 00.

A propos de l'événement

Cirque


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