« Haute Couture » de Josépha Madoki, une pièce en forme de défilé chorégraphique
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Et si l’on considérait In the Brain, à tort, comme une pièce autour du clubbing ? Avec cette humanité dansante rassemblant sa compagnie junior, Hofesh Shechter va plus loin dans la recherche d’états de corps et de références plus complexes.
La tentation est grande de se raccrocher à l’inspiration première et assumée de son chorégraphe Hofesh Shechter, qui le conduisait en 2022 à créer Cave pour la Martha Graham Company autour du clubbing et du monde de la nuit. Pour cette nouvelle création avec la Shechter II – promotion de huit danseurs et danseuses de 18 à 25 ans venus de tous les horizons – il s’agissait d’en créer une version plus longue. Mais peut-être s’agit-il davantage d’en accepter le déploiement vers une forme de danse qui va bien au-delà de cette pratique underground ! Celle-ci connaît par ailleurs son propre renouveau, grâce notamment à de nombreux projets qui propulsent la house sur les plateaux. Mais Hofesh Shechter ne s’en contente pas. La séquence d’ouverture, tout en sépia flou, offre un bouillonnement sonore sourd duquel apparaît un groupe. L’ondulation aquatique des corps en circuit fermé, la dynamique de suspension, les membres qui veulent s’extraire du magma ainsi formé, les bras qui accrochent l’espace pour mieux revenir au centre… le tout reflète aussi bien l’image d’un poulpe que celle d’un cœur battant avec ses artères. L’environnement sonore, parfaitement maîtrisé par le chorégraphe, ne verse pas dans la pulsation ou la mélodie, mais multiplie les couches. On est loin du clubbing, et plus proche de la naissance d’une humanité dansante qui cherche dans les tréfonds de ses corps des matières immémoriales promptes à resurgir.
L’énergie du high and low du rituel
In the Brain se développe ensuite à travers l’évolution de ce groupe vers une danse plus ouverte, plus éclatée, plus véloce, multipliant les points de ruptures musicales et lumineuses qui tiennent le spectateur en haleine. Malgré l’impression d’une même écriture-signature, comme toujours chez Shechter, les états de corps restent très divers et magistralement fouillés, nous faisant littéralement entrer dans la sensation. Parfois le groupe semble vouloir danser sans faire de bruit, tapi sur demi-pointes, limitant sa kinésphère, courbant le dos à l’écoute d’une pulsation étouffée. Parfois les interprètes se jettent dans une danse frénétique, tout en piétinements, secousses et expulsions de bras et de jambes. Ailleurs, ce sont des gestes précis, anguleux, qui jaillissent à partir d’un ancrage au sol où les jambes, pliées et ouvertes en seconde ou quatrième position, laissent se ployer le dos en arrière en forme d’imploration, ou en avant en forme d’incantation. Le tout est savamment jalonné de motifs issus de danses traditionnelles, reconnaissables dans les petits pas, dans les lancés de jambes, dans les bras qui s’accrochent, dans les farandoles qui se forment. C’est bien ceci qu’on aimera retenir dans In The Brain : la venue d’une danse ancestrale et non underground, sabbatique, tribale, fervente, où s’expriment l’autorisation d’un relâchement pour tous, et la possibilité d’une fête accessible aux gestes les plus enfouis.
Nathalie Yokel
relâches les 13, 19 et 20 avril. Tél. : 01 42 74 22 77.
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