« Un Grand Récit » : Nacim Battou, artiste associé à Théâtres en Dracénie, invente une fresque historique
Après le succès de Dividus, Nacim Battou, [...]
Héla Fattoumi invite la danseuse Sondos Belhassen à partager le plateau de sa nouvelle création. Ou comment se projeter à travers l’autre, entre souvenirs et fantasmes…
Qui est pour vous Sondos Belhassen ?
Héla Fattoumi : J’ai rencontré Sondos en 1989 à Paris, nous prenions des cours de danse classique ensemble. Je l’ai retrouvée ensuite régulièrement à des endroits de la danse, notamment en Tunisie. Nous avons des trajectoires croisées. C’est vraiment un rapport à la danse et à notre féminité, je pense, qui nous relie, et à notre mémoire de l’enfance, de l’adolescence, de la façon dont on s’est mises à danser. Il y a des points d’intersection. Ce qui m’amène aujourd’hui à projeter une relation, comme avec celle d’une sœur lointaine.
Cette question de l’altérité, qui sous-tend votre démarche de chorégraphe avec Eric Lamoureux, va s’exprimer ici sur le terrain de la gémellité. Comment ?
H.F. : Je fais des projections sur cette femme qui a mon âge, qui a une histoire qui n’est pas la mienne, mais qui par certains aspects aurait pu être la mienne. En fait, là est le fantasme. Nous avons une troublante ressemblance, mais nous ne sommes pas de vraies jumelles. Ce qui m’intéresse, c’est la déformation, la transfiguration, quelque chose qui nous fait nous déployer autrement à travers l’autre. Je m’attache toujours à la puissance de la dissemblance. Cette altérité avec Sondos concerne le féminin, la danse. On se place entre le réel et le fantasmé, dans quelque chose qui n’est ni la France ni la Tunisie, ni elle ni moi. Nous avons ce point d’ancrage de nos mères et de la tradition en partage, et c’est extrêmement fort en termes d’imaginaire.
Ce duo vient en écho à Wasla et à Manta…
H.F. : Dans mon parcours, j’ai toujours eu ces apartés liés à la Tunisie, à mon histoire d’enfant d’immigrés. La Tunisie est comme un troisième personnage en termes de ressources imaginaires. J’avais besoin de retourner au plateau et de me plonger dans une mémoire qui n’est pas du tout nostalgique, mais qui me constitue. En fait, j’étais trop peuplée intérieurement et j’avais besoin de l’incarnation d’une autre personne avec laquelle je pouvais mettre en partage cette mémoire fragmentée.
Y a-t-il d’autres médias qui interviennent ?
H.F. : Il y a du texte, de la poésie, du chant, de la musique, de la vidéo. Tout cela nourrit le processus, mais je ne sais pas encore ce qui va rester. Je ne veux pas être dans un duo de vieilles dames nostalgiques enfermées dans leurs souvenirs. Je voudrais créer une pièce où la mémoire nous projette dans l’avenir. Les points de force de notre histoire, on s’en sert pour les projeter dans notre « aujourd’hui » et dans demain.
Vous n’êtes pas dans la danse documentaire…
H.F. : Surtout pas ! Je réalise un travail documentaire mais je n’ai pas envie de le rendre visible au plateau. Je préfère faire jouer le pouvoir évocateur et polysémique du geste, le rapport au rythme. Le studio est un espace de liberté absolue. Je le vis comme ça, comme un endroit pour s’échapper, faire des choses qui ouvrent, pas uniquement dans l’anxiété, dans la peur de tout ce que notre époque charrie et imprime.
Entretien réalisé par Nathalie Yokel
Les 26, 27 et 28 juin dans le cadre de la Saison Méditerranée.
Tél. : 04 67 60 06 70.
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