La Terrasse

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Visages de la danse 2026

« N.éon », l’ultime création d’Yvann Alexandre manifeste le pouvoir de l’écriture chorégraphique

« N.éon », l’ultime création d’Yvann Alexandre manifeste le pouvoir de l’écriture chorégraphique - Critique sortie  Saint-Barthélémy-d’Anjou
Crédit : Clara Baudry N.éon, des corps magnifiés par la danse, la lumière et la scénographie

Festival Conversations / THV Saint-Barthélémy-d’Anjou
Chorégraphie Yvann Alexandre

Publié le 20 février 2026

L’ultime création d’Yvann Alexandre manifeste le pouvoir de l’écriture chorégraphique et s’affranchit de toute figure imposée. On ne pouvait rêver plus brillant cadeau de départ.

Seulement des dos, nus, offrant une chorégraphie d’omoplates qui glissent sur les côtes. Entre ombre et lumière, trapèzes et dentelés déforment la surface du corps, initiant des vagues, créant des rythmes, sculptant des paysages à même la peau. Une mise en scène sensible et touchante de la cage thoracique, celle qui contient le poumon, celle qui contient le souffle, la vie. Dans cette pièce d’illusions qu’est N.éon, d’autres clins d’œil viendront, comme la présence du bleu et du noir, couleurs fétiches d’Yvann Alexandre, ou ces cygnes mousseux, opérant comme d’ultimes réminiscences d’un chorégraphe face à ce qu’il sait être sa dernière pièce. Mais N.éon n’a rien d’un testament. Davantage un manifeste, pourrait-on dire, tant l’affirmation certaine d’une danse d’écriture, et d’une qualité du mouvement extrêmement dense se perçoit incontestablement. Les cinq danseurs et danseuses s’amusent, avec sérieux, de multiples situations magnifiées par une scénographie constellaire, ceinte d’un anneau qui matérialise leur terrain de jeu. Il y a d’abord une danse où le groupe s’enivre de verticalités contrariées, de défaillances de jambes, de ploiements avortés, osant les suspensions. Ensuite une marche militaire, des voix d’outre-tombe, une vélocité virtuose, des gestes tranchants comme l’épée et des bras qui waackent.

L’infinie traversée du corps

Mention spéciale pour les trios, sommets de sensualité douce et heureuse. Le premier s’attache une fois encore au thorax via un toucher vaporeux, avant d’entreprendre une exploration quasi olfactive des contours du corps. Plus tard, le deuxième viendra poursuivre ces mystérieux frôlements, vers une chorégraphie d’appuis de têtes achevée par le soulèvement d’un corps, merveilleux de portance. Jamais d’ensembles dans N.éon, mais des coïncidences ; jamais de solitudes, mais des figures qui se détachent ; jamais de corps glorieux, mais des êtres solidement fragiles. Que ce soit sur du Brahms à la lisière d’une attitude arrière ou d’un saut de chat, à travers des nappes sonores ou des ambiances électro qui font se soulever et battre la poitrine, la danse d’Yvann Alexandre se joue de tout. Se picorer de baisers, retenir son souffle les joues gonflées, s’ébrouer les bras, s’attarder sur le creux du cou et la ligne d’un menton… la traversée de la danse dans les corps, puis dans notre regard, est aussi infime qu’immense.

 

Nathalie Yokel

A propos de l'événement

N.éon
du mardi 17 mars 2026 au mardi 17 mars 2026


à 20h.

Tél. : 02 41 96 14 90. Spectacle vu au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre du Festival Faits d’Hiver.

Tournée :

Festival La Biennale de la Danse, salle de la Licorne, Les Sables-d’Olonne, le 27 mai.

Le Lieu Unique, scène nationale de Nantes, les 2 et 4 juin.

Scènes vagabondes, version in situ, le 27 juin.

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