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Place au cirque ! 2019

Le chapiteau forever, enjeux et réflexions

Le chapiteau forever, enjeux et réflexions - Critique sortie
Crédit : Constant Couteille Le P’tit Cirk installé à Monthelon.

Le chapiteau forever, enjeux et réflexions

Publié le 25 septembre 2019

Il est l’élément majeur du cirque : à la fois phare et point de convergence, le chapiteau est encore aujourd’hui indissociable de la culture du cirque, de son histoire, et porte à lui seul une imagerie et un imaginaire très tenaces. Le nouveau cirque avait vu l’essor des projets pour plateaux de théâtre ; le chapiteau demeure cependant incontournable, et porte des réflexions et des enjeux très vifs pour le développement du cirque de demain.

Quand les premiers chapiteaux sont apparus, d’abord aux Etats-Unis en 1825, ils étaient intrinsèquement liés au cirque des familles, aux numéros, à la ménagerie et au campement. Soient aux notions de tradition, de dressage d’animaux, de nomadisme, de dynasties… et toujours dans une adresse directe à la population. Presque deux siècles que le chapiteau fait partie du paysage du cirque, évoluant avec lui. Si l’arrivée du nouveau cirque a créé une dichotomie avec le cirque traditionnel et un engouement pour les plateaux de théâtre, les artistes n’ont pas pour autant abandonné leurs toiles, leurs pinces et leurs caravanes. Mais les années 2000 ont marqué une première crise dans le secteur du cirque sous chapiteau. Les professionnels constataient une baisse de la diffusion et de la production, corrélée à un manque d’ambition artistique – les uns alimentant les autres, et inversement. Les coûts d’investissement pour les compagnies, de production, et les frais d’itinérance et d’installation rendaient ce type de propositions dépendantes d’un besoin de rentabilité peu propice à la création.

Le retour de la création sous chapiteau

Que nous dit l’année 2020, dans un paysage institutionnel considérablement renforcé depuis par une politique volontariste de structuration et de développement du secteur ? Sans pour autant se relever indemne, le cirque sous chapiteau répond toujours à l’appel surtout lorsqu’il porte une ambition renouvelée pour la création. Pour certains, c’est une nécessité artistique qui perdure malgré les années. La compagnie Max & Maurice affirme ses vingt ans de création sous chapiteau – « un lieu tellement magique qu’il est impensable de nous en séparer » – avec une nouvelle création de A à Zèbre. Idem pour Michèle D’Angelo et Laurent Barboux qui défendent, depuis 1997, le chapiteau, le cercle et l’itinérance avec L’Envolée Cirque. Ils ont transmis toute leur expérience à Pauline Barboux et Jeanne Ragu, qui prennent les rênes de la prochaine création Elle/s. D’autres considèrent la question du chapiteau comme un nouveau défi : Eric Longequel et Johan Swartvagher réfléchissent à leur prochain projet commun, Les Fauves. Il réunira sept jongleurs sous la toile, un point de départ plutôt rare ! Quant au Cirque La Compagnie, ils rêvaient littéralement d’avoir leur chapiteau, après une création dans la rue puis sa version en salle. A suivre donc avec Pandax, actuellement en production.

Vices et vertus du chapiteau

Si cette sélection présage de belles expériences à venir, elle ne doit pas occulter les questionnements en cours et les ambivalences soulevées par l’élément chapiteau en tant que tel, en dehors de toute considération artistique. L’arrivée d’un chapiteau sur un territoire comme événement fédérateur et populaire est une idée battue en brèche par d’autres réalités. Patricia Kapusta, secrétaire générale du Prato qui organise le festival Les Toiles dans la Ville (voir notre gros plan), déplore : « Entre la pression immobilière et la peur des caravanes, la venue d’un chapiteau dans une ville peut encore avoir quelque chose d’anxiogène ». Le processus, relancé par ARTCENA, d’une nouvelle charte d’accueil Droit de Cité, pourra-t-il porter ses fruits ? Encore trop peu d’adhérents (villes, collectivités, compagnies) se sont fait connaître pour conduire à un véritable changement. Et l’épisode de l’occupation illégale de l’espace cirque d’Antony par le cirque Christina Zavatta au mois de mai dernier n’a fait que raviver les tensions, au cœur desquelles figure l’éternelle opposition cirque contemporain / cirque traditionnel. Enfin, on ne peut faire fi des enjeux écologiques et économiques auxquels les compagnies sous chapiteau, avec leurs besoins en chauffage et leurs cortèges de caravanes, devront faire face, comme nous le rappelle Marc Fouilland à CIRCa : « La communauté du cirque se questionne sur les nouvelles mobilités à inventer aujourd’hui, pour des déplacements qui soient le moins impactants possible pour la planète ». Vers un cirque plus responsable, qui devra s’affranchir plus encore de la tradition pour répondre aux préoccupations d’aujourd’hui…

Nathalie Yokel

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