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Deux festivals d’opéra antinomiques

Deux festivals d’opéra antinomiques - Critique sortie
Etes-vous plutôt Cour de l’Archevêché d’Aix-en-Provence ou Théâtre antique d’Orange ?

Publié le 2 octobre 2009

Le Festival d’Aix-en-Provence et les Chorégies d’Orange se consacrent, dans la même région, à l’art lyrique. Mais tout les sépare…

Chaque été, les aficionados d’opéras se classent en deux camps : les pro-Aix et les pro-Orange. Ceux qui aiment les mises en scène novatrices, réalisées par des personnalités du monde du théâtre, iront à Aix. On y croise Patrice Chéreau, Stéphane Braunschweig, Luc Bondy ou encore Olivier Py. Les parti-pris du directeur, Bernard Foccroulle, ne sont pas sans rappeler ceux de Gérard Mortier lors de son mandat à l’Opéra de Paris – ils sont d’ailleurs tous les deux belges ! Dans le cadre de la Cour de l’Archevêché, on avoue avoir été ces dernières années autant réjoui par d’incontestables réussites, comme le Retour d’Ulysse de Monteverdi dans la version poétique et vivante d’Adrian Noble, que consterné par de véritables échecs, tel ce Cosi fan Tutte lénifiant dû au cinéaste Abbas Kiarostami. Les fans de mises en scène d’opéra au premier degré, du genre Mireille à l’Opéra de Paris par Nicolas Joël, seront bien plus heureux à Orange. Le directeur des Chorégies, Raymond Duffaut, également conseiller artistique de l’Opéra d’Avignon, invite ses proches, de sa femme Nadine Duffaut à Nicolas Joël justement. En général, la direction d’acteurs se limite à régler l’entrée et la sortie des chanteurs, qui chantent leurs airs face au public avec, bien sûr, le bras levé. On a encore en mémoire une Traviata totalement insignifiante de Robert Fortune. Il faut dire que le plateau gigantesque du Théâtre antique d’Orange est quasiment impossible à occuper scéniquement. Par contre, l’atout d’Orange, ce sont les castings vocaux. A l’affiche figurent régulièrement Roberto Alagna, Marcelo Alvarez ou encore Natalie Dessay, dont le récital pieds nus avait fasciné, notamment par sa projection dans le plein air d’Orange. A Aix, par contre, cela fait quelques années que les distributions sont souvent décevantes. Faire confiance à de jeunes chanteurs a du bon, soit, mais il est difficile d’accepter, comme dans Orphée aux enfers cette année, des dictions et des intonations aussi approximatives.
 
Aix la bourgeoise et Orange la populaire
 
Et pour les orchestres, où faut-il aller ? Aix accueille en résidence les plus grandes phalanges mondiales (après l’Orchestre Philharmonique de Berlin, c’est au tour de l’Orchestre symphonique de Londres d’y être invité) ainsi que des ensembles sur instruments anciens. Mais pour faire quelques économies, le Festival fait aussi jouer des orchestres moins prestigieux et parfois un peu « limite » techniquement, comme celui du Mozarteum de Salzbourg. A Orange, c’est le défilé des orchestres « fonctionnarisés », notamment ceux de Radio France. Un choix pas forcément excitant, mais solide, même si certaines phalanges sont plus habituées au symphonique qu’au lyrique. L’acoustique n’est par ailleurs vraiment pas évidente pour la fosse d’orchestre. Enfin, pour ceux d’entre vous qui n’auraient toujours pas fait leur choix pour l’été prochain entre ces deux festivals, il y a encore la question du cadre : d’un côté la bourgeoise Aix (avec son intime Cour de l’Archevêché et son moderne Grand Théâtre de Provence) et de l’autre la populaire Orange (où l’on se serre sur les pierres du Théâtre antique). Mais dans les deux cas, il manque ce qui fait le succès d’Avignon pour le théâtre : un festival off. Avis aux amateurs !
 
Antoine Pecqueur

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