La saison classique en France

Des festivals et des publics

Crédit photo : Luc Jennepin

Chercheur au CNRS, Emmanuel Négrier est le co-auteur avec Marie-Thérèse Jourda des Nouveaux territoires des festivals (éditions Michel de Maule). Il vient d’achever une étude sur les publics des festivals, qui sera présentée au colloque de France Festivals les 12 et 13 novembre prochains à Montpellier.

« Est-ce un hasard si c’est en France que la controverse sur la festivalisation de la culture a pris autant d’importance : l’intervention publique (de l’État comme des collectivités territoriales) y a pris une part importante, en lieu et place, dit-on parfois, d’un réel investissement auprès des publics au long de l’année. L’intensité de l’offre festivalière est telle qu’il est bien difficile d’y voir clair dans les chiffres, comme dans leur philosophie et leur dimension culturelle et artistique. Aussi les préjugés vont-ils bon train. Ils se focalisent d’ailleurs sur un nombre limité d’événements le plus souvent très médiatisés. L’un fustigera l’essor d’une industrialisation de l’éphémère, en pointant les monstres que sont devenus les hyperfestivals européens de musiques actuelles (Sziget en Hongrie, Exit en Serbie, les Vieilles Charrues ou les Eurockéennes de Belfort en France…). L’autre tancera des manifestions conçues par et pour le marketing et la communication, sans égard pour les territoires empruntés. Dans l’autre sens, leurs promoteurs auront insisté sur les retombées magiques de ces événements, plaidant ici pour le soutien qu’ils procurent à l’économie locale, là pour démontrer leur contribution à l’attractivité touristique.
 
Un festival, des festivals ?
On commence à disposer d’une autre vision de la dynamique festivalière en France, sur laquelle nous nous sommes récemment penchés. À côté des grosses machines de l’industrie musicale, qui bénéficient d’un réel essor à la mesure de l’effondrement du marché du disque, les festivals sont surtout de petites entreprises mixtes, dont l’autofinancement (37% en moyenne) est certes supérieur aux équipements culturels, mais dont la moitié des ressources est constituée de subventions. Loin d’être des « fils de pub », l’essentiel de leurs dépenses est consacré aux frais artistiques (56%) et culturels (32%). En dehors de cas emblématiques mais minoritaires, les festivals ne dérogent pas à l’exception culturelle à la française. Ils en sont précisément l’une des incarnations, à géométrie variable.
 
Un public, des publics ?
Quant aux publics, par-delà quelques remarquables monographies, on a longtemps dépendu de ce que les festivals eux-mêmes voulaient bien en dire. Nous venons d’achever une étude portant sur une cinquantaine de festivals de musiques et de danse contemporaine, auprès de 24000 personnes. Nos résultats viennent parfois contredire l’image convenue des « festivaliers » : des amateurs rituellement regroupés d’une année sur l’autre, goûtant pour l’occasion à une multitude de spectacles. En réalité, 39% des spectateurs en moyenne sont nouveaux (parfois bien plus, mais jamais moins de 20%), et 39% (coïncidence ?) sont des spectateurs d’un seul soir ! Qui sont ces nouveaux spectateurs que les lieux permanents ont tant de difficulté, parfois, à attirer ? On se doute bien que la démocratisation culturelle n’y trouve pas sa consécration : ces nouveaux spectateurs ne sont pas massivement agriculteurs et ouvriers. Mais nos résultats suggèrent qu’il n’y a pas lieu, non plus, de sombrer dans une fatalité élitiste. En matière de retombées artistiques et culturelles comme au sujet des publics, il convient d’apprécier la diversité du champ festivalier avant d’en décréter les vices ou les vertus. »
 

Propos recueillis par Antoine Pecqueur


 

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