« Afanador », un spectacle flamboyant par le Ballet Nacional de España, chorégraphie Marcos Morau
Au Grand Théâtre de Provence, Marcos Morau [...]
Un diptyque éclaté qui expose toute la palette du Ballet du Rhin : héritages réinventés, écritures affûtées, et une troupe au sommet de sa maîtrise, dans des chorégraphies de William Forsythe, Sharon Eyal et Léo Lérus.
Le Ballet du Rhin ouvre les soirées concoctées par Chaillot – Théâtre national de la Danse et le Théâtre de la Ville, avec William Forsythe. Il présente un triptyque qui révèle la cohérence d’un corpus pourtant fragmenté. Trio joue avec les codes du ballet pour mieux les décaler : figures classiques étirées, désaxées, recomposées dans une logique de dérèglement jubilatoire. Les interprètes, familiers de cette grammaire, en restituent la virtuosité nerveuse. Avec Enemy in the Figure, lumières, ombres et costumes brouillent volontairement la perception. Rien n’est caché, mais rien n’est stable : la pièce devient un terrain de convulsions maîtrisées où l’œil cherche sans cesse ses repères. Enfin, Quintett offre un contrepoint dépouillé. Sur la boucle musicale fragile de Gavin Bryars, cinq danseurs traversent une suite de soli sans climax apparent. Un miroir, une trappe, un plateau presque nu : Forsythe y laisse affleurer une émotion plus nue, comme un espace suspendu entre disparition et persistance. Une démonstration de la capacité du Ballet du Rhin à embrasser des écritures contrastées avec une intelligence rare.
Grand écart
En programme 2, la soirée se partage entre Léo Lérus et Sharon Eyal. Elle commence avec Ici, création de Léo Lérus, chorégraphe guadeloupéen dont l’écriture puise dans le Gwo‑ka et le principe du bigidi, cet art du déséquilibre qui irrigue la danse debout antillaise. Formé autant par la tradition que par son passage chez McGregor ou Eyal, Lérus compose une pièce limpide, traversée d’appuis multiples, de glissements et de suspensions. Les douze interprètes activent en direct des capteurs lumineux, tandis que la musique de Denis Guivarc’h et les costumes sobres installent un espace où la fluidité du groupe s’impose sans perdre la netteté du dessin chorégraphique. Avec The Look, Sharon Eyal impose un tout autre régime : verticalité tendue, précision millimétrée, abstraction géométrique. Longtemps immobiles dans un clair‑obscur dense, les seize danseurs s’éveillent sous la pulsation techno d’Ori Lichtik. Micro‑déplacements, glissés, saccades et changements de rythme composent une écriture hypnotique où la masse devient sculpture mouvante. Le noir intégral des costumes renforce cette esthétique de la ligne et du détail, où l’endurance du groupe crée une tension continue.
Agnès Izrine
Soirée Forsythe du 25 avril au 6 mai. Les 25 et 26 avril, 5 et 6 mai à 20h. Les dimanche 26 avril et 3 mai à 15h. Durée 1h45.
Soirée Lérus/Eyal du 28 avril au 4 mai. Les 28, 29, 30 avril, les 2 et 4 mai à 20h, samedi 2 mai à 15h.
Tél : 01 42 74 22 77. Durée : 1h10.