La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Visages de la danse 2026

Ballet de l’Opéra national du Rhin – Deux soirées, trois écritures

Ballet de l’Opéra national du Rhin – Deux soirées, trois écritures - Critique sortie  Paris
Crédit : Agathe Poupeney Enemy in the Figure de William Forsythe par le BOnR

Théâtre de la Ville / Chaillot - Théâtre national de la Danse / Chor. Léo Lérus, Sharon Eyal, William Forsythe

Publié le 19 février 2026

Un diptyque éclaté qui expose toute la palette du Ballet du Rhin : héritages réinventés, écritures affûtées, et une troupe au sommet de sa maîtrise, dans des chorégraphies de William Forsythe, Sharon Eyal et Léo Lérus.

Le Ballet du Rhin ouvre les soirées concoctées par Chaillot – Théâtre national de la Danse et le Théâtre de la Ville, avec William Forsythe. Il présente un triptyque qui révèle la cohérence d’un corpus pourtant fragmenté. Trio joue avec les codes du ballet pour mieux les décaler : figures classiques étirées, désaxées, recomposées dans une logique de dérèglement jubilatoire. Les interprètes, familiers de cette grammaire, en restituent la virtuosité nerveuse. Avec Enemy in the Figure, lumières, ombres et costumes brouillent volontairement la perception. Rien n’est caché, mais rien n’est stable : la pièce devient un terrain de convulsions maîtrisées où l’œil cherche sans cesse ses repères. Enfin, Quintett offre un contrepoint dépouillé. Sur la boucle musicale fragile de Gavin Bryars, cinq danseurs traversent une suite de soli sans climax apparent. Un miroir, une trappe, un plateau presque nu : Forsythe y laisse affleurer une émotion plus nue, comme un espace suspendu entre disparition et persistance. Une démonstration de la capacité du Ballet du Rhin à embrasser des écritures contrastées avec une intelligence rare.

Grand écart

En programme 2, la soirée se partage entre Léo Lérus et Sharon Eyal. Elle commence avec Ici, création de Léo Lérus, chorégraphe guadeloupéen dont l’écriture puise dans le Gwo‑ka et le principe du bigidi, cet art du déséquilibre qui irrigue la danse debout antillaise. Formé autant par la tradition que par son passage chez McGregor ou Eyal, Lérus compose une pièce limpide, traversée d’appuis multiples, de glissements et de suspensions. Les douze interprètes activent en direct des capteurs lumineux, tandis que la musique de Denis Guivarc’h et les costumes sobres installent un espace où la fluidité du groupe s’impose sans perdre la netteté du dessin chorégraphique. Avec The Look, Sharon Eyal impose un tout autre régime : verticalité tendue, précision millimétrée, abstraction géométrique. Longtemps immobiles dans un clair‑obscur dense, les seize danseurs s’éveillent sous la pulsation techno d’Ori Lichtik. Micro‑déplacements, glissés, saccades et changements de rythme composent une écriture hypnotique où la masse devient sculpture mouvante. Le noir intégral des costumes renforce cette esthétique de la ligne et du détail, où l’endurance du groupe crée une tension continue.

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Ballet de l’Opéra national du Rhin
du samedi 25 avril 2026 au mercredi 6 mai 2026


Soirée Forsythe du 25 avril au 6 mai. Les 25 et 26 avril, 5 et 6 mai à 20h. Les dimanche 26 avril et 3 mai à 15h. Durée 1h45.

Soirée Lérus/Eyal du 28 avril au 4 mai. Les 28, 29, 30 avril, les 2 et 4 mai à 20h, samedi 2 mai à 15h.

Tél : 01 42 74 22 77. Durée : 1h10.

x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le spectacle vivant

S'inscrire à la newsletter
x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le spectacle vivant

S'inscrire