« Étonnez vos oreilles » : Un autre regard sur la musique contemporaine
Avec la série de concerts Étonnez vos [...]
Avec Frida Kahlo – un portrait musical, le compositeur Ezequiel Spuccches expérimente une forme singulière de théâtre musical, élaborée de manière collective par l’équipe artistique associant l’Ensemble Almaviva, avec les compagnies Pétrole et Les Gens de la Voix.
« Avec la metteuse en scène Clara Chabalier et la chanteuse Céline Laly, nous sommes partis du Journal et des Lettres de Frida Kahlo pour choisir les grands moments de sa vie, personnelle et artistique, que l’on souhaitait mettre en avant. Nous nous sommes alors mis à l’écoute de ce matériau, pour reprendre une formule d’Alfredo Arias, afin de les faire résonner ensemble et construire notre livret à partir de cette mosaïque de jeux poétiques, d’anecdotes et de souvenirs, jalonnée de repères biographiques pour donner une continuité narrative au spectacle. Je voulais sortir de la forme de l’opéra traditionnel et rendre présente Frida Kahlo au plateau sans incarnation directe et unique. Cette forme, d’une sensibilité plus contemporaine que le théâtre de rôles, s’inspire de l’écriture romanesque. Au fil du récit, chacun des quatre interprètes sur scène, trompettiste, percussionniste, chanteuse et danseur, prend, à un moment, la parole à la première personne, comme s’il était Frida. Le corps souffrant de Frida, dont elle a fait elle-même matière créatrice, est incarné par Sébastien Ly, le danseur, que j’avais découvert dans une pièce chorégraphique de Thomas Lebrun sur les muxes, personnes appartenant à un troisième genre dans la culture zapotèque au sud du Mexique. Il se pare d’une robe de tehuana, l’un des archétypes de l’iconographie de Frida Kahlo, nourrie par les traditions mexicaines, et que Clara Chabalier reprend dans sa mise en scène.
Puissance évocatrice et travail au plateau
Cette même recherche de la puissance évocatrice a animé l’écriture de ma partition. Je me suis immergé dans les musiques populaires et traditionnelles mexicaines, mais aussi le grand répertoire, qu’illustrent par exemple Chavez ou Revueltas. Mon idée n’était pas d’utiliser ces inspirations comme des citations, mais de laisser leur énergie, leur respiration et leur rapport au rythme irriguer mon propre langage de compositeur. L’effectif contribue à cette couleur spécifique, avec la trompette et la guitare, que les compositeurs mexicains utilisent beaucoup dans leurs œuvres, ou encore le marimba, qui a au Mexique un cousin homonyme, diatonique et sans tuyaux, et dont il existe même des orchestres entiers. Au cours des deux résidences de création au Théâtre Watteau et au Conservatoire de Versailles, un travail au plateau avec les solistes a permis d’expérimenter les rapports organiques entre le chant et la narration pour trouver la respiration scénique juste. Dans ce projet singulier, je n’ai rien d’un compositeur démiurge : nous avons même organisé des rencontres en sortie de résidence avec le public pour recueillir ses réactions avant la création. »
Textes et propos recueillis par Gilles Charlassier
Les 4 et 5 octobre 2026, Espace Brassens, Mantes-la-Jolie.
Du 2 au 4 février 2027, Théâtre de Vanves.
Avec la série de concerts Étonnez vos [...]