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Focus -272-Comédie de Béthune

Entretien avec Cécile Backès : rapprocher les spectateurs de l’acte d’écriture

Entretien avec Cécile Backès : rapprocher les spectateurs de l’acte d’écriture - Critique sortie Théâtre  Comédie de Béthune
Crédit : Thomas Faverjon / Légende : Cécile Backès, directrice de la Comédie de Béthune.

Publié le 17 décembre 2018 - N° 272

A l’intérieur du centre dramatique et au cœur des territoires, les artistes de la Comédie de Béthune agissent comme des « agitateurs de théâtre ». Cécile Backès revient sur les principales actions mises en œuvre pour amener les spectateurs à partager l’aventure de la création.

Qu’est-ce qui vous a décidée à faire de la mise en avant des écritures contemporaines le centre de votre projet pour la Comédie de Béthune ?

Cécile Backès : Tout simplement l’envie de contribuer à développer des formes théâtrales d’aujourd’hui. Mais ma passion pour les écritures contemporaines est bien antérieure à mon arrivée à la Comédie de Béthune. Intimement liée à mon parcours de metteuse en scène, c’est elle qui a toujours donné son sens à mon travail au théâtre. Cette passion vient de la joie de découvrir une langue, un langage poétique. J’ai le goût des chocs esthétiques, que j’ai pu ressentir en découvrant les écritures d’Hanokh Levin, de Paul Claudel, de Marguerite Duras, de Jean Genet, de Bernard-Marie Koltès, d’Annie Ernaux… Bien sûr, je suis sensible aux récits que les auteurs racontent, mais peut-être encore davantage à la puissance de leur style. J’aime partir à la rencontre de nouvelles écritures, un peu comme une exploratrice. En tant que directrice d’un centre dramatique national, je me sens plus que jamais le devoir d’être une découvreuse, de consacrer du temps au repérage des textes qui s’écrivent aujourd’hui. Cela, afin de favoriser l’émergence d’artistes qui seront, peut-être, les grands écrivaines et écrivains de demain.

Existe-t-il des points communs entre les autrices et les auteurs vivants que vous programmez à Béthune ?

C. B. : Je crois qu’ils traduisent tous quelque chose de la société dans laquelle nous vivons. C’est le cas, par exemple, des deux auteurs compagnons de mon deuxième mandat, Baptiste Amann et Alexandra Badea, mais c’est aussi le cas de Guillaume Poix, auteur qui a obtenu en 2017 notre Prix Scenic Youth (ndlr, Prix des lycéens pour les nouvelles écritures de théâtre organisé par la Comédie de Béthune). J’aime les écritures qui mettent en lumière les angles morts de notre société, les choses dont on ne parle pas, les sujets polémiques, donc politiques. C’est ce qu’a fait Pauline Bureau avec Mon Cœur, création sur le scandale du Mediator que nous avons accueillie en début de saison. Ce qui m’intéresse également beaucoup, c’est de découvrir le regard que posent des auteurs d’origines étrangères sur des choses qui se passent ailleurs et chez nous. Le théâtre est un espace passionnant pour confronter les multiples réalités du monde.

« J’aime les écritures qui mettent en lumière les angles morts de notre société, les choses dont on ne parle pas. »

Quels types de compagnonnages avez-vous imaginés avec Baptiste Amann et Alexandra Badea ?

C. B. : Avec Baptiste Amann, il s’agit d’un compagnonnage fortement lié aux publics jeunes, notamment dans le cadre de notre programme Egalité des chances (ndlr, voir l’article ci-dessous). Mais plus généralement, avec l’un comme avec l’autre, l’idée est de mettre en place des actions liées à l’écriture qui puissent alimenter les différents axes de notre projet. Alexandra Badea, par exemple, va venir en résidence quinze jours dans le cadre de notre programme européen Meet the Neighbours, qui propose à des artistes d’entrer en relation avec les populations de différents territoires en devenant leur voisin ou leur voisine (ndlr, projet en collaboration avec des structures artistiques des Pays-Bas, du Maroc, de Pologne et du Royaume-Uni). Derrière tout cela, il y a de ma part une envie profonde : rapprocher de manière très concrète les spectateurs de l’acte d’écriture.

Ce qui passe par la volonté de faire de la Comédie de Béthune une fabrique de théâtre ouverte aux artistes comme aux publics. Quelles actions avez-vous mises en place pour cela ?

C. B. : Il y a bien sûr les créations de saison, qui sont les spectacles que nous accueillons en répétition et en création. Nous organisons aussi ce que nous appelons des périodes « de labos », qui sont des temps de recherche proposés à des équipes de théâtre s’installant une à deux semaines chez nous pour travailler sur des projets en cours. Cette année, ce sont les équipes de Guillaume Poix, de Marie Fortuit, de Louis Berthélémy, de Muriel Cocquet, de Guy Alloucherie avec Nadège Prugnard qui bénéficient de ces « temps de plateau ». Et enfin, nous développons ce que nous appelons les « écritures de territoire », qui sont des résidences réalisées en dehors de nos murs. C’est le cas de notre projet Escales / Odyssée.

En quoi consiste-t-il ?

C. B. : Il s’agit de quatre résidences d’écriture organisées dans des collèges de Lens, de Bruay‑la‑Buissière, de Sallaumines et de Béthune, en lien avec l’exposition Homère qui sera présentée de mars à juillet au Louvre‑Lens et en partenariat avec différentes structures culturelles de l’Artois. Les auteurs et autrices Baptiste Amann, Célia Houdart, Mariette Navarro et Yann Verburgh (ndlr, lauréat du Prix Scenic Youth 2018) vont aller à la rencontre d’adolescents afin de revisiter un ou plusieurs épisodes de L’Odyssée d’Homère. Les textes créés à partir de ces résidences seront mis en voix et en espace, en juin prochain, au Louvre‑Lens. Lancer ainsi des passerelles entre les populations et les artistes – comme nous le faisons également lorsque nous sortons de nos murs pour présenter des spectacles en itinérance ou lorsque nous mettons en place un programme comme Meet the Neighbours – est une façon de devenir des « agitateurs de théâtre ». Je crois que les créateurs du théâtre public ont un vrai rôle à jouer en tant qu’acteurs de la transformation sociale.

Transformation qui peut également s’opérer par le biais des actions que vous proposez autour des spectacles…

C. B. : Bien sûr. Ces actions font partie intégrante de notre volonté d’ouvrir les portes du théâtre. Nous invitons les spectateurs à assister à des répétitions, à des ateliers, à des stages… Nous multiplions les actions de sensibilisation afin de faire en sorte qu’un maximum de personnes poussent les portes de la Comédie de Béthune et découvre ce qui se passe autour de l’acte de création.

 

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Comédie de Béthune
Centre dramatique national Hauts-de-France 62400 Béthune.

Tél. : 03 21 63 29 19.


www.comediedebethune.org


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