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Conversation avec Tchekhov

Conversation avec Tchekhov - Critique sortie Théâtre Alfortville Le Théâtre-Studio d'Alfortville
Crédit : Simon Annand / Légende : Le metteur en scène Christian Benedetti.

Entretien / Christian Benedetti

Après La Mouette, Oncle Vania, Trois Sœurs et La Cerisaie, Christian Benedetti avance dans son intégrale des pièces d’Anton Tchekhov avec Ivanov. Un cycle que le directeur du Théâtre-Studio d’Alfortville achèvera, en 2019/2020, avec la mise en scène d’Etre sans père (Platonov) et des neuf pièces en un acte écrites par l’auteur russe.

Quel projet théâtral a nourri votre envie d’initier, en 2011, cette traversée du théâtre d’Anton Tchekhov ?

Christian Benedetti : L’idée de cette intégrale est très ancienne, puisqu’elle est née de ma rencontre avec Antoine Vitez, à la fin des années 1970, au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Grâce à lui, j’ai découvert le théâtre de Tchekhov. Je me suis alors dit qu’il serait formidable de monter l’intégralité de ses pièces. J’ai donc mis en scène La Mouette en 1980, sans parvenir à mener à bien le reste du projet. Mais cette envie est restée en moi durant toutes ces années…

Jusqu’à votre nouvelle création de La Mouette, il y a 7 ans…

C. B. : C’est ça. Pourtant, pour diverses raisons, cette création devait être mon dernier spectacle. Mais cette Mouette a été un tel succès que, finalement, les acteurs m’ont convaincu de continuer. Ils m’ont communiqué leur envie de poursuivre l’aventure commune que nous avions engagée au sein du théâtre de Tchekhov.

Quels sont les aspects de ce théâtre qui vous semblent fondamentaux ?

C. B. : Je trouve très intéressant de regarder ce théâtre comme une œuvre picturale. De pièce en pièce, en partant d’Etre sans père (ndlr, écrite en 1878) pour arriver à La Cerisaie (ndlr, écrite en 1903), Tchekhov nous propose une conversation extrêmement cohérente, un dialogue traversé par d’innombrables fulgurances qui, finalement, pose une question essentielle : comment peut-on être à l’heure à un rendez-vous qu’on ne peut que manquer, le rendez-vous de sa propre vie… ?

« Tchekhov est le premier auteur dramatique à sortir du théâtre qui imite le réel pour ouvrir une nouvelle voie : celle du drame. »

L’enjeu de votre intégrale est donc, finalement, de suivre le fil de cette conversation…

C. B. : Exactement. Pour moi, Tchekhov est un auteur quasi absolu. Il est le premier auteur dramatique à sortir du théâtre qui imite le réel pour ouvrir une nouvelle voie : celle du drame. De cette façon, il met en dialogue l’individu et la société. Il oblige celui ou celle qui regarde à prendre parti, à faire un pas de côté pour regarder autrement. Tchekhov a compris qu’il ne servait à rien de faire du théâtre politique, qu’il était beaucoup plus intéressant de faire politiquement du théâtre.

Vous poursuivez aujourd’hui ce cycle avec Ivanov. Pourquoi avoir opté pour la première version de la pièce ?

C. B. : Parce qu’elle est plus radicale, plus éclatante. Ivanov est, en 1887, la première pièce de Tchekhov à être officiellement mise en scène. La réception de ce spectacle va être incroyablement violente. Pourtant il ne fait que montrer la société russe telle qu’elle est. On va alors faire pression sur lui pour qu’il modifie sa pièce, pour qu’il la rende moins elliptique. Car, dans cette première version, Tchekhov n’explique rien. Il laisse le spectateur faire lui-même la part des choses.

Après la création d’Etre sans père, en 2019/2020, vous allez reprendre l’ensemble de ces pièces en tournée. Quelle forme donnerez-vous à cette intégrale ?

C. B. : L’idée est de jouer les six grandes pièces en alternance sur quatre jours et de présenter l’intégrale sur deux jours, le week-end, en ajoutant les neuf pièces en un acte de Tchekhov. Cela dans l’ordre d’écriture, en faisant alterner grandes et petites pièces.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Le Théâtre-Studio d'Alfortville
16 rue Marcelin-Berthelot, 94140 Alfortville.

Tél. : 01 43 76 86 56. www.theatre-studio.com


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