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Focus -346-Le Préau, CDN de Normandie-Vire, fabrique de créations et de dialogues

Charlotte Lagrange présente son projet et sa nouvelle création : « Quand la ville se lève »

Charlotte Lagrange présente son projet et sa nouvelle création : « Quand la ville se lève » - Critique sortie  Vire Normandie Le Préau - Centre dramatique national de Normandie-Vire
Charlotte Lagrange, autrice, metteuse en scène et directrice du Préau © Clémence Herout

Texte et mise en scène Charlotte Lagrange

Publié le 31 août 2026 - N° 346

Directrice du Préau depuis le 1er janvier 2026, l’autrice, metteuse en scène et dramaturge Charlotte Lagrange présente son projet ainsi que sa nouvelle création, Quand la ville se lève. Une partition qui unit de multiples manières l’intime et le politique.

Quel est votre projet au sein du Préau ?

Charlotte Lagrange : Ma première ambition est de faire du Préau un espace ouvert : un espace de vie, de création, d’expériences partagées. Le nom même du théâtre, qui désigne un lieu de récréation autant qu’un abri, invite à l’accueil de l’autre, à la rencontre. Implanté sur la commune de Vire Normandie, Le Préau rayonne au sein d’un vaste territoire dans les départements du Calvados, de la Manche et de l’Orne, sur un petit bassin de population. L’enjeu n’est pas seulement d’accueillir, c’est aussi d’aller au plus près des habitants. Créer hors les murs a ici vraiment du sens. Artistiquement, l’itinérance m’a beaucoup nourrie : ses contraintes m’ont conduite à transformer ma pratique, à imaginer des formes pensées spécifiquement pour un espace et un public. C’est très stimulant. Je souhaite développer un travail de création au cœur du territoire, afin que chaque nouveau projet puisse être l’occasion pour un artiste de se réinventer, à travers des créations situées, des créations participatives, des résidences en immersion. Je suis heureuse de pouvoir lier ma pratique artistique au travail avec le public, de A à Z. Pour fortifier cet ancrage, j’accueille des artistes afin qu’on agisse ensemble.

« Née de la matière documentaire, la fiction s’avère un outil fondamental pour penser librement. »

Qui sont ces artistes ?

C.L. : J’ai réuni sept artistes associés afin de montrer la vitalité des écritures contemporaines, dont plusieurs allient divers champs artistiques. Nous visons à créer des liens entre ce qui se passe sur le territoire et ce qui se passe au plateau. Constance Larrieu entrelace théâtre, musique et voix. Julie Duclos mêle théâtre et cinéma dans ses mises en scène de textes du répertoire, dont L’ennemi du peuple d’Ibsen, créé la saison prochaine. Alice Laloy crée un théâtre visuel qui utilise la marionnette et les arts plastiques. Strokes, la prochaine création d’Hakim Bah, à l’affiche avec Pourvu que la mastication ne soit pas longue, croisera théâtre, cirque et musique. Valérian Guillaume, qui est aussi auteur de bande dessinée et de roman, va présenter au Préau Qui c’est celui-là et en itinérance Sur les rails. Éva Doumbia explore des questions liées à la mémoire coloniale. Notre voisin Simon Falguières, installé dans la fabrique théâtrale du Moulin de l’Hydre, crée des épopées populaires qui s’adressent à tous. Avant de présenter au Préau Le Livre de K, il va jouer Molière et ses masques en ouverture de saison, lors d’un moment festif intitulé La joie de Vire.

Quelles sont les lignes directrices de la programmation ?

C.L. : Grâce au vaste plateau du Préau, nous proposons de grandes formes, signées notamment par Simon Falguières, Pauline Bayle ou Étienne Saglio, dans le cadre du Festival Spring. Aussi, nous présentons des spectacles intergénérationnels, à l’image de À poils conçu par Alice Laloy, ou d’Oiseau créé par Anna Nozière. J’ai envie d’un théâtre partageur, qui ne donne pas de leçon, ne délivre pas de message, mais met en forme des questions.

Quelles sont les questions que pose votre dernière création ?  Quelle a été sa genèse ?

C.L. : Le point de départ remonte à 2020, lorsque j’ai emménagé dans une banlieue parisienne et réalisé que sa gentrification poussait une partie de sa population au départ. Je me suis souvenue aussi de mon enfance lorsque ma mère et moi avons dû quitter Paris. Quels mécanismes s’activent lors des rénovations de quartiers ? Comment s’effectuent les relogements ? J’ai voulu éviter un discours binaire opposant inclus et exclus, explorer plusieurs terrains d’enquête, plusieurs temporalités, afin de réfléchir aux mécanismes. Je me suis longuement documentée, en particulier sur le vaste projet d’aménagement de l’université-Saclay. J’ai rencontré des urbanistes, des architectes, des agriculteurs, des élus, des habitants… Comment résister de l’intérieur ? Quels sont nos endroits de compromission ? Nourri par cette multitude de paroles qui révèlent un complexe mille-feuille de responsabilités, le temps d’écriture a été très long. Née de la matière documentaire, la fiction s’avère un outil fondamental pour penser librement, avec une dimension fantastique qui fait émerger l’invisible, qui donne corps aux couches souterraines qui réaffleurent. C’est une vraie personne qui inspire le personnage de Betty, qui refuse son expulsion. Un fil rouge unit plusieurs générations de femmes, dont une architecte soudain chamboulée par un souvenir puissant. Le théâtre est traversé par la force de l’imaginaire.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Quand la ville se lève
du jeudi 19 novembre 2026 au samedi 21 novembre 2026
Le Préau - Centre dramatique national de Normandie-Vire
Place Castel, 14500 Vire Normandie

Le 19 novembre à 14h15 et 20h30, le 20 à 20h30, le 21 à 18h.

Tél. : 02 31 66 66 26.

www.lepreaucdn.fr

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