La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -283-L'Onde Théâtre Centre d’art

A la recherche des sentiers chantants, rencontre avec Joanne Leighton

A la recherche des sentiers chantants, rencontre avec Joanne Leighton - Critique sortie Danse Vélizy-Villacoublay L’Onde - Théâtre Centre d’art
Joanne Leighton Crédit : DR

Publié le 16 décembre 2019 - N° 283

Songlines, magnifique pièce de Joanne Leighton, crée une relation unique avec les spectateurs.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour Songlines ?

Joanne Leighton : Cette pièce est le deuxième volet d’un triptyque entamé avec 9000 pas, elle s’inscrit dans sa continuité. J’y poursuis mon travail sur ce mouvement fondateur qu’est la marche. Je compose à partir de gestes de la vie courante partagés par tous, comme marcher mais aussi s’assoir, se tenir debout. Ce faisant, je cherche à créer une relation presque kinesthésique avec le public. La marche m’a amenée aux songlines, les « sentiers chantants » des aborigènes qui sillonnent la terre australienne, parcourent des milliers de kilomètres, et sont préservés de l’oubli par des chants et des danses. L’objet de ce spectacle est d’interroger ce que peuvent être ici, dans une Europe traversée par de grandes vagues migratoires, nos « sentiers chantants ». Comment pouvons-nous, nous aussi, utiliser la danse pour raconter un imaginaire attaché à l’idée de chemin ?

« L’idée de chemin est dans le mouvement même, qui migre pour en faire advenir un nouveau. »

La gestuelle de Songlines me paraît à la fois très humaine et très organique. On y décèle des mouvements de la vie quotidienne, des danses, mais aussi comme une nature en mouvement.

J.L. : Les danseurs de Songlines sont sept individualités qui par leurs mouvements communs forment un collectif. Leurs gestes, qui ne sont pas exactement les mêmes d’un interprète à l’autre, sont répétés avec de légères variations. L’idée de chemin est dans le mouvement même, qui migre pour en faire advenir un nouveau. Les interprètes sont ensemble dans cet élan et c’est le collectif qui créé la migration des pas. Ces gestes reliés les uns aux autres, sans que l’on distingue ce qui mène de l’un à l’autre, donnent ce sentiment organique. Cette absence de rupture du début à la fin produit également une sorte de transe. Les danseurs doivent être dans un état de présence très active, dans un état d’éveil extrême pour pouvoir danser cette pièce. De plus, comme les aborigènes qui convoquent la mémoire des êtres totémiques, les temps originels, en parcourant leurs sentiers, je souhaite avec Songlines interroger une certaine mythologie des mouvements signifiants de notre histoire de la danse, témoigner de la forte capacité de la danse à nous rassembler.

Pourquoi avez-vous choisi la partition In C de Terry Riley et à quel moment du processus créatif ce choix est-il intervenu ?

J.L. : Créer sur une musique ne m’intéresse pas, je le fais rarement. Je préfère d’abord élaborer des idées, faire des recherches avec les danseurs. Puis au fur et à mesure du processus les choix de musique, de costumes, de lumières interviennent. Dans le cas de Songlines, la partition chorégraphique était entièrement écrite quand In C s’est imposé à Peter Crosby, avec lequel je travaille très étroitement, et moi comme une évidence. C’était comme si la danse avait été écrite sur cette musique. La partition d’In C est composée de 35 phrases musicales. Ses interprètes répètent autant de fois qu’ils le veulent chacun de ces motifs avant de passer au suivant. Les écritures musicales et chorégraphiques sont donc assez similaires et nous avons fait tout un travail pour que les deux langages progressent en même temps, dialoguent idéalement.

J.L. : La présence de la danse fait entendre la musique différemment, comme la musique permet de voir la danse différemment. In c de Terry Riley est réputée être la première pièce du mouvement minimaliste, répétitif, c’est une œuvre extraordinaire que l’on n’a pas très souvent l’occasion d’entendre.

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement

A la recherche des sentiers chantants, rencontre avec Joanne Leighton
du Vendredi 17 janvier 2020 au Vendredi 17 janvier 2020
L’Onde - Théâtre Centre d’art
8 bis avenue Louis Breguet, 78140 Vélizy-Villacoublay.

à 20h30. Echauffement du spectateur à 19h.


01 78 74 38 60.


www.londe.fr


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