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La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Entretien Patrick Schmitt
Dommage qu’elle soit une putain : l’insolence de la simplicité

Une fanfare singulière transporte le “Berlin Style” à Paris.

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

C’est à La Forge, « espace de création théâtrale et de rencontres »
qu?il a inauguré en 2003, que Patrick Schmitt donne corps à sa vision de
Dommage qu?elle soit une putain
. Une vision dépouillée qui vise à retrouver
la liberté radicale et l’insolence de la pièce de John Ford.


La question de l’impertinence semble être au centre de votre désir d’investir
Dommage qu’elle soit une putain. En quoi cette pièce vous apparaît-elle
essentiellement insolente ?

Patrick Schmitt : Elle l’est tout d’abord dans sa forme, dans la façon
dont John Ford passe outre aux conventions, dont il fait sauter tous les carcans
pour créer son propre champ de liberté. Il compresse le temps et l’espace, crée
l’illusion scénique à partir d’une diversité étonnante d’ingrédients : tragédie,
farce, scènes intimes, théâtre de foires’ Un peu comme s’il avait voulu faire
rendre gorge au théâtre en racontant l’histoire d’Annabella et de Giovanni, deux
jumeaux qui se font le serment de rester liés l’un à l’autre pour toujours, ce
qui revient, inconsciemment, à envisager un retour à la sphère utérine? C’est
d’ailleurs là, dans cette façon de traiter très clairement du tabou de
l’inceste, que se situe le second niveau d’insolence de la pièce. Dans cette
manière de faire naître un tel amour entre un frère et une s’ur, un amour
jusqu’au-boutiste, narcissique, absolu, et inacceptable car il s’oppose aux lois
de la société humaine.

« J’ai effectué un véritable travail de recréation afin de
transmettre tout le souffle, tout l’élan, toute la poésie de John Ford. »


Face à cette double forme d’insolence, vers quel parti pris de mise en scène
vous êtes-vous dirigé ?

P. S. : J’ai eu envie de prolonger l’idée de John Ford en dépassant, moi
aussi, les conventions. Cela pour mettre en place ce qui est, finalement, une
autre forme d’insolence : la simplicité. J’ai donc élaboré une représentation
prenant place au sein d’un espace scénique entièrement nu. C’est une façon, pour
moi, d’aller à l’essentiel. Je crois qu’à partir du moment où l’on pose un code
théâtral clair et précis, il est possible, et sans doute souhaitable, de
l’exploiter jusque dans ses derniers retranchements. C’est la raison pour
laquelle j’ai souhaité m’extraire de façon radicale de toute idée d’archéologie
théâtrale pour mener ma représentation au-delà de la réalité.

Pourquoi avoir décidé d’écrire une nouvelle adaptation du texte de John
Ford ?

P. S. : Parce qu’il m’a semblé important de redonner au texte français le
dynamisme et le rythme qui caractérisent la langue de Ford. Je me suis donc
parfois un peu éloigné de l’original, j’ai procédé à quelques coupes, j’ai
effectué un véritable travail de recréation afin de transmettre tout le souffle,
tout l’élan, toute la poésie de John Ford. Il s’agit vraiment d’un dramaturge
exceptionnel. Chacune de ses répliques comme chacun de ses silences ouvrent des
boulevards de sens, de possibilités de jeu, de profondeurs, aux comédiens et au
metteur en scène.  

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

Dommage qu’elle soit une putain, de John Ford ; mise en scène, adaptation
et scénographie de Patrick Schmitt. Du 6 mars au 1er avril 2007. Du mardi au
samedi à 20h30, le dimanche à 16h00. Relâches exceptionnelles les 28 et 29 mars.
La Forge, 19, rue des Anciennes Mairies, 92000 Nanterre Centre-Ville.
Réservations au 01 47 24 78 35 ou sur
www.laforge-theatre.com

A propos de l'événement



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