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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Entretien Matthias Pintscher

Double compétence

Double compétence - Critique sortie Classique / Opéra Paris Opéra Bastille
photo: Matthias Pintscher

EIC / CITE DE LA MUSIQUE / OPERA BASTILLE

Publié le 26 septembre 2013 - N° 213

Matthias Pintscher, né en 1971, vient d’entamer un mandat de trois ans de directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain. En choisissant un leader à la double identité de chef et compositeur – l’œuvre de Pintscher compte de nombreuses partitions d’envergure (dont Osiris créé en 2008 par Pierre Boulez à la tête du Chicago Symphony Orchestra) -, l’EIC renoue avec ses principes initiaux, dont Boulez et Peter Eötvös furent des modèles saisissants. Matthias Pintscher est à deux reprises dans la proche actualité, à la fois invité de l’Orchestre de l’Opéra de Paris (entre autres pour la première française de Chute d’étoiles pour deux trompettes et orchestre ) et aux commandes de sa nouvelle formation permanente dans un programme Dufourt-Ronchetti.

Vous venez d’être nommé directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain, quel est votre état d’esprit au moment où vous commencez cette nouvelle aventure ?

Matthias Pintscher : C’est un très grand honneur pour moi d’avoir reçu la confiance des musiciens pour diriger une institution riche d’une telle histoire. Il est évident que l’Ensemble Intercontemporain souhaitait revenir à ses racines en choisissant un chef compositeur. C’est une énorme responsabilité, d’autant plus que nous sommes en train de redessiner, avec les musiciens et notre équipe, le futur artistique et la vision de l’ensemble. Je connais Paris depuis longtemps et me sens en phase avec sa scène musicale. J’ai l’impression d’être tout à fait le bienvenu et que de nouvelles idées, répertoires et formats de concerts sont à la fois nécessaire et attendus. Faire de la musique avec les musiciens de l’ensemble est tout simplement un bonheur. Ils sont très engagés, passionnés, et nous allons inventer un futur ensemble. J’ai beaucoup de chance.

« Nous voulons encourager le dialogue sous toutes ses formes. »

Quel est la nouvelle frontière que vous souhaitez atteindre avec l’Ensemble ?

Matthias Pintscher : Nous avons vraiment à l’esprit les trois dimensions du temps : le passé, le futur et particulièrement le présent. Et c’est “maintenant” qui compte, le moment dans lequel nous vivons, agissons, créons et jouons. La musique n’existe que dans le temps de sa création, elle doit être inlassablement ramenée à la vie, toujours et encore. Cela nous laisse imaginer toutes les connections possibles entre le répertoire existant, ce que nous créons maintenant et ce que nous envisageons pour l’avenir, en étant totalement ouverts aux découvertes dans des territoires inconnus. Il est très important de toujours inclure des pièces de répertoire car cela nous  permet d’inscrire notre travail dans la tradition du son unique de l’ensemble. Il existe un répertoire spécifique associé à l’ensemble, que nous défendons dans le monde entier. Nous voulons continuer de l’enrichir et l’emmener toujours plus loin. Nous allons présenter et accompagner de nouveaux compositeurs, ou des compositeurs que l’on n’entend pas en France, faire appel à des curateurs pour nos week-ends “Turbulences”, expérimenter de nouveaux formats de concerts, inviter le public à découvrir les processus de nos répétitions, ouvrir des dialogues entre nos musiciens, les compositeurs et le public de nos concerts, etc. L’interaction est le mot-clé. Nous voulons encourager le dialogue sous toutes ses formes, en provoquant des surprises !

Vous êtes à la fois compositeur et chef d’orchestre. Est-ce le fruit d’un hasard ou celui d’un choix ?

Matthias Pintscher : J’ai joué du violon dans un orchestre de jeunes à l’âge de 14 ans. Cette expérience de me retrouver plongé dans la dimension physique du son orchestral m’a donné envie de le créer à mon tour en tant que chef mais aussi comme compositeur. C’est un privilège de pouvoir s’exprimer dans ces deux domaines. Les deux disciplines se complètent mutuellement et permettent une meilleure perception de la façon dont une partition est conçue, et cela quelle que soit la période musicale envisagée. Etre compositeur est une aide pour l’interprète que je suis. D’un autre coté, je tire un immense profit de ma pratique de chef en tant que compositeur, pour simplifier la notation et gagner en efficacité dans la transmission de l’information sur le papier, pour savoir ce qui est possible ou non. J’aime être très précis dans les informations que je donne comme compositeur afin que, plus tard, sur scène, je puisse laisser la mise en forme de la musique à un autre que moi. C’est beau pour un compositeur de découvrir ce qu’un interprète peut apporter à ses idées musicales.

Propos recueillis par Jean Lukas.

A propos de l'événement

Matthias Pintscher
du Mercredi 30 octobre 2013 au Vendredi 8 novembre 2013
Opéra Bastille
120, rue de Lyon, 75012 Paris
Mercredi 30 octobre à 20h. Tél. 0 892 89 90 90. Places : 5 à 60 €. Œuvres de Webern (Im Sommerwind), Pintscher (Chute d'étoiles) et Stravinsky (L'Oiseau de feu).

Cité de la musique. 221, avenue Jean Jaurès 75019 Paris. Vendredi 8 novembre à 20h. Tél. 01 44 84 44 84. Places : 18 €. Œuvres de Hugues Dufourt (L'Asie, L'Origine du monde, Les Chardons), Lucia Ronchetti (Le Palais du silence, création mondiale)
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