Chloé Dabert nous offre avec « Marie Stuart » de Friedrich Von Schiller un spectacle de très haute tenue
La nouvelle création de la metteuse en scène [...]
Pour la première fois, la série israélienne BeTipul créée par Hagai Lévi, Ori Sivan et Nir Bergman, répliquée sur petit écran dans plusieurs pays, s’invite au théâtre. Dans cette adaptation de François Pérache, mise en scène par Charles Templon, se déploient en huis clos les angoisses et les failles des uns et des autres face à un psychanalyste en crise, incarné avec justesse par Francis Huster.
Quatre récits entremêlés. Une interprète réfugiée de guerre, un policier de la BRAV accusé d’avoir tué un manifestant, une jeune femme en crise de vocation alors qu’elle s’apprête à devenir sœur, respectivement interprétés par Raphaëlle Rousseau, Yann Gaël et Tess Lauvergne. Et un thérapeute qui vacille. Comment réparer autrui alors qu’on s’écroule soi-même ? Qui soignera celui qui soigne ? La pièce oscille du patient au psychanalyste, dont les ambivalences et les blessures sont scrutées, décortiquées. Appels incessants à sa femme, colère difficilement maîtrisée, entrevues avec son « contrôleur », En thérapie dépeint sans manichéisme le point de bascule d’un homme qui s’accroche pourtant jusqu’au bout à sa mission. Le jeu des comédiens tout en délicatesse (mention spéciale à Raphaëlle Rousseau, sensuelle et émouvante) se déploie dans une mise en scène simple et organique – un fauteuil, un sofa, un bureau – pour laisser toute la place à la complexité des émotions. Charles Templon parvient à réinventer l’œuvre originelle et sa petite sœur française et à lui insuffler un souffle nouveau, particulièrement approprié à la scène théâtrale. Alors que la série s’est construite autour d’épisodes, chacun dédié à une séance, les récits finissent ici par se répondre et se confondre et le metteur en scène use de ressorts ingénieux – notamment l’utilisation de la vidéo – pour porter la narration entrecoupée de notes d’humour.
Miroir de nos propres failles
L’immersion dans l’intimité d’une analyse – ultime dévoilement de l’âme humaine – trouble. Comme un miroir perpétuel tendu au spectateur, les drames des protagonistes nous interrogent sur nos propres failles et sur notre capacité à être entendu et sauvé – ou pas. Le jeu de Francis Huster met en lumière les subtilités de l’écoute et de l’aptitude à déceler ce qui n’est pas dit. C’est l’essence du travail thérapeutique et de la relation à l’autre qui est ici abordée, avec en toile de fond les grands enjeux sociétaux et politiques de notre époque. Comme dans les séries française et israélienne, les tragédies contemporaines sont omniprésentes et jalonnent les récits des patients, au-delà de leurs propres histoires. En thérapie nous invite à une plongée introspective dont on sort particulièrement émus.
Hanna Abitbol
du mercredi au dimanche à 19h. Tél : 01 42 08 77 71. Durée : 1h30.
La nouvelle création de la metteuse en scène [...]