La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Crepapelle

Crepapelle - Critique sortie Théâtre
Maria Cassi dans son fauteuil : à la renverse. Photo : Alessandro Chichi

Publié le 10 octobre 2009

Elle aurait pu s’échapper d’un film de Fellini versé dans l’éloge du cirque, un clown au féminin volubile et moqueur. La comique Maria Cassi dans son one woman show ne fait que modérément rire.

Pratiquer l’art du clown est une pratique scénique délicate : il s’agit d’enchaîner à bon escient des improvisations burlesques, en jouant sur la caricature corporelle et un langage simplifié accessible à tous, des provocations menant au rire spontané et bienfaisant de l’enfance. Un souffle d’air vif, une respiration qui casse la morosité. Avec son Crepapelle ou comment mourir de rire, Maria Cassi s’adresse à la communauté italienne de Paris en faisant un usage généreux de sa langue natale à travers un thème rebattu, la comparaison entre Parisiens et Florentins dans la vie de tous les jours. Tout est beau à Paris, dit-elle avec humour, les musées, les cafés, les restaurants, les cinémas, un temple de la Culture, sans oublier ses habitants excessivement polis qui n’en finissent pas de se demander « pardon ». Quand elles montent dans le bus, ces figures urbaines d’un autre temps restent austères et contrites, elles éludent le contact physique tandis que la même situation encombrée à Florence entraînerait bousculades, cris, vociférations et distribution de taloches à des enfants brailleurs.

Une âme sensible qu’il est difficile au spectateur de déceler

Pour cette Florentine en exil, la foule parisienne intrépide, le ciel gris et les pigeons boudeurs semblent esquiver la dimension charnelle de l’existence. La clownesse nostalgique de sa Toscane originelle éprouve paradoxalement une passion incontrôlable pour la capitale française. Le cœur des amants qui bat sous la voix profonde et éraillée de Louis Amstrong, imitée à merveille dans un franc comique, symbolise l’intensité du désir amoureux et la promesse du plaisir. Or, Maria Cassi abuse de mimiques grotesques pour contrefaire la vulgarité populaire. T-shirt et pantalon noir à bretelles, elle tire la langue, les mains dans les poches, et affiche une goguenardise désinvolte en imitant la grossièreté et la trivialité mâles. Ces pitreries brutes cachent sans nul doute une âme sensible qu’il est difficile au spectateur de déceler. Par exemple, Madame Tati représente un modèle de grâce et d’humilité pour cette amoureuse du 7éme art ; un hommage aux femmes élégantes. Maria Cassi sait railler et se moquer avec tendresse de ses pareils – transalpins ou pas – mais elle s’essaie à un rôle vain qui consiste à dévider des lieux communs désuets, des énumérations éculées de dépliant touristique. Les bonnes adresses de bouche, les desserts recherchés, les grands magasins, on attendrait des regards plus saillants sur une scène de théâtre. Restent sur le plateau scénique des conversations de bistrot et des grimaces de comptoir.

Véronique Hotte


Crepapelle
Ou comment mourir de rire

Texte, mise en scène et interprétation de Maria Cassi, du 16 septembre au 17 octobre 2009 à 20h30, dimanche à 15h30, relâche lundi, au Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris Tél : 01 44 95 98 21 www.theatredurondpoint.fr

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