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théâtre - reportage

Au Festival PREMIÈRES, à Strasbourg, de jeunes artistes européens réfléchissent le présent

Au Festival PREMIÈRES, à Strasbourg, de jeunes artistes européens réfléchissent le présent - Critique sortie Théâtre Strabourg Le Maillon - Scène européenne
Visuel Bidibi… (© Francesco Capitani) : Bidibibodibiboo de Francesco Alberici.

Reportage
Maillon - Théâtre de Strasbourg, Scène européenne

Publié le 31 janvier 2026 - N° 340

Chaque année, à l’occasion de PREMIÈRES, le Maillon met en avant l’inventivité formelle et l’acuité politique de jeunes artistes venus de tous horizons. Le temps de deux week-ends, du 29 janvier au 7 février, l’édition 2026 de ce rendez-vous dédié à l’émergence européenne propose des moments d’échanges et cinq spectacles. Parmi ces derniers, l’étonnant Bidibibodibiboo de l’Italien Francesco Alberici, présenté lors de la soirée d’ouverture du festival.

Notre présent est trouble et notre futur incertain. Raison de plus pour imaginer, écrire, jouer, incarner, mettre en scène, dialoguer…, pour faire du théâtre un espace de résistance aux vents mauvais qui assombrissent notre époque. C’est ce que semblent vouloir dire les jeunes artistes programmés à l’édition 2026 de PREMIÈRES. C’est également ce qu’affirme la directrice du Maillon qui soutient l’exigence pluridisciplinaire de propositions croisant recherches formelles singulières et questionnements personnels sur la complexité du monde. « Dans le cadre du Festival PREMIÈRES, explique Barbara Engelhardt, les jeunes artistes se rejoignent (…) sur un point : ils et elles s’opposent à la sclérose désespérée qui nous menace. Les hiérarchies et les mécanismes du pouvoir ? Ils se nichent partout, il faut donc les remettre en cause sous toutes leurs formes. Les inégalités et les discriminations ? Elles sont le fait des sociétés que nous formons, déconstruisons-les avec lucidité. Le mouvement et l’espoir ? Ils sont indispensables, afin d’expérimenter l’idée d’un avenir commun. » Ces appels à la clairvoyance et à l’action traversent de part en part les deux week-ends qui composent cette nouvelle édition du Festival de l’émergence européenne.

A l’écoute de l’émergence

PREMIÈRES a bien sûr pour objet de mettre en lumière les univers de jeunes créatrices et créateurs européens. Mais les cinq spectacles présentés du 29 janvier au 7 février, s’ils sont au cœur du festival, n’en sont pas les uniques rendez-vous. Divers moments d’échanges viennent enrichir, comme chaque année, le programme de PREMIÈRES. Parmi eux, Les Rencontres internationales de l’ONDA (Office national de diffusion artistique), qui se sont tenues au Maillon le 29 et le 30 janvier. Le 6 février, une rencontre entre Chara Kotsali (danseuse, chorégraphe et metteuse en scène grecque qui présente It’s the end of the amusement phase, un travail de mémoire en forme de sample, les 6 et 7 février) et Davide-Christelle Sanvee (performeuse et plasticienne suisse d’origine togolaise qui interprète Qui a peur, une proposition explorant les ressorts du racisme, les 6 et 7 février) permettra aux deux artistes d’éclairer leurs parcours et les enjeux de leurs créations respectives. Enfin, le 7 février, une table ronde intitulée « À l’écoute de l’émergence : programmer le théâtre de demain » donnera des clés de réflexion sur les actions à mettre en œuvre, par les jeunes talents, pour acquérir soutien et visibilité.

Bidibibodibiboo : entre rire et vertige

La soirée d’ouverture de PREMIÈRES, à laquelle nous avons pris part, nous a permis d’assister à deux des trois spectacles présentés lors du premier week-ends du festival (les 29, 30 et 31 janvier) : Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett (La météo à la maison. Un ballet de salon) du Russe (installé en Allemagne) Aleksandr Kapeliush et Bidibibodibiboo de l’Italien Francesco Alberici (nous n’avons pas pu découvrir Language : no problem de la Palestinienne (installée en Belgique) Marah Haj Hussein). Ayant dû quitter la Russie pour vivre son homosexualité librement, Aleksandr Kapeliush nous amène à ressentir, à travers sa pièce autobiographique, les tourments du déracinement. D’une belle exigence, sa performance gagne le pari du dépouillement en nous plongeant, sans effets superflus, dans la matière vivante de son existence. C’est également un travail entre sociétal et intime que signe le comédien, auteur et metteur en scène Francesco Alberici. Sa proposition virtuose (dont le titre s’inspire d’une œuvre du plasticien Maurizio Cattelan) prend la forme d’une succession de jeux de miroir et de mises en abyme. Servi par un groupe d’interprètes remarquables, Bidibibodibiboo dénonce la sournoiserie des théories de management contemporaines et explore les gouffres des désirs abandonnés. Ponctué de fausses vérités et de colères expansives, le spectacle de Francesco Alberici nous place entre rêve et réalité. Il sonde avec habileté le vertige de la désillusion et interroge la relation d’aliénation qui peut nous attacher au travail.

Manuel Piolat Soleymat

 

A propos de l'événement

Festival PREMIÈRES
du jeudi 29 janvier 2026 au samedi 7 février 2026
Le Maillon - Scène européenne
1 boulevard de Dresde, 67000 Strasbourg

Tél. : 03 88 27 61 81. www.maillon.eu

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