« Cellule » : de la chorégraphe Nach, une énergie explosive toujours aussi virulente
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Deux nouvelles créations entrent au répertoire du Ballet de L’Opéra national de Paris : le bel Arena de Morgann Runacre Temple et Jessica Wright et le remarquable Étude de Marcos Morau.
Les Britanniques Morgann Runacre-Temple et Jessica Wright ont débuté leur collaboration il y a 15 ans avec la réalisation de films de danse. Elles ont depuis déployé un langage cinématographique autant que chorégraphique qu’elles mettent aujourd’hui au service d’un première création pour le Ballet de l’Opéra de Paris : Arena. La technologie en est à la fois le moyen d’expression et le thème. Dans leur arène terriblement contemporaine, les visages et les corps sont filmés serrés par deux caméras et projetés en direct sur grand écran, la compétition fait rage. Car il s’agit pour exister de saturer l’espace de sa présence numérique. Danseurs et danseuses portent des dossards numérotés et c’est le 81 (Loup Marcault-Derouard) qui emporte le sceptre. Tous et toutes, comme lobotomisés, imitent leur nouveau gourou aussi souriant qu’inquiétant. Mais attention, la notoriété a ses revers et les prétendants au trône restent nombreux et décidés à renverser ce monarque des temps modernes. Si l’on a beaucoup vu ces dernières années le procédés consistant à filmer les interprètes jusqu’en dehors de la scène – notamment chez Benjamin Millepied – de mêler images du direct et images montées au préalable, la mise-en-scène est ici intelligente, le propos limpide et la danse de belle facture.
L’essence du ballet
Après l’entracte, Marcos Morau capte de façon magistrale l’essence du ballet tout en le déconstruisant dans Étude, une nouvelle création également. Alors que la lumière est encore présente dans la salle, une danseuse arborant tutu, diadème et bouquet de fleurs salue, comme dans une série de clichés photographiques, devant le rideau. Rideau qui dévoile en se levant une multitude infinie de clones de celle-ci, à la présence rendue évanescente – comme dans un ballet blanc – par une tenture de tulle noire et leur absence d’expression. Si tout se déroule à l’envers dans cette représentation, nous commençons par les saluts pour finir par l’échauffement, tout est là. Les costumes d’apparat, le rideau et le lustre monumental – qui vibrant semble doté d’une vie propre – reproduits sur scène, la barre – mais circulaire et revêtue de rouge – et même le public, car sans public il n’y a pas de spectacle, qui s’invite sur scène par le truchement d’un immense miroir. Les bras ondulent ou se cabrent en arrière comme ceux d’un cygne, les promenades sur demi-pointes et les déboulés se multiplient, mais les têtes s’inclinent dans des mouvements brusques et les grands pliés hoquettent, fidèles au vocabulaire d’automate de Marcos Morau. Composé de 32 danseurs et danseuses, le corps de ballet n’a jamais aussi bien porté son nom, tant il semble ne former qu’une seule entité tout entière dédiée à son art et happée dans un très beau final par le foyer de la danse. Ne formant lui aussi qu’un seul corps, le public se lève pour applaudir à tout rompre et il a bien raison. Par sa musique, signée Gustave Rudman, ses lumières, signées Andreu Fábregas, ses interprètes, sa mise en scène et sa danse, cette Étude est remarquable.
Delphine Baffour
Les 14, 17, 18, 19, 20, 21, 24, 25, 26, 27 et 28 mars à 20h, les 21 et 28 mars à 14h30, le 22 mars à 16h. Tél. 08 92 89 90 90. www.operadeparis.fr. Durée : 1h50 avec entracte.
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