Reconstitution : le procès de Bobigny, d’Emilie Rousset et Maya Boquet, mise en scène par Emilie Rousset
Grâce à un dispositif scénique ingénieux, [...]
Sophie Paul Mortimer s’empare avec autant de talent que d’esprit du monologue drolatique et cinglant où Jean-Luc Lagarce dissèque la condition humaine en auscultant les bienséances bourgeoises.
Du berceau au cercueil, tout est cérémonie. La société, comme le remarquait Blaise Pascal, est en paix grâce au respect de ces grandeurs d’établissement, masque indispensable de l’estime ou du mépris pour la nature humaine. Force est d’admettre que l’on ne s’aime pas toujours… Mais la raison doit toujours éviter le débordement des affects. Autant faire en sorte, alors, qu’une félicité apparente dissimule le dégoût que provoquent les enfants braillards et les gourdes et les benêts avec lesquels on se fiance pour devoir parfois passer toute sa vie avec eux… Adaptant l’indispensable viatique rédigé par la baronne Staffe au XIXème siècle, Jean-Luc Lagarce en propose une version cynique et drôle. L’humour est noir, le verbe est allègre et, comme toujours chez Lagarce, économe et efficace. Sophie Paul Mortimer conduit le spectateur des joies de la naissance aux formalités des obsèques, parsemant le texte de musiques et de clins d’œil mélodiques audacieux et joyeux.
Exploration du ghetto du gotha…
Il est aussi éclairant que jubilatoire d’aller débusquer la possible grimace sous le masque et la vérité sous les apparences : le jeu de Sophie Paul Mortimer s’y emploie avec finesse. Le sourire tourne au rictus, les yeux démentent ce que dit la bouche, le corps suggère l’obscénité que la politesse corsète et des sursauts de coquetterie se cachent parfois sous les voiles du deuil. La comédienne réussit très efficacement à faire entendre le texte de Lagarce et sa litanie des usages ne devient jamais ennuyeuse ou poussive. Deux traits de l’interprétation permettent d’éviter cet écueil, en transformant cette étonnante Madame Etiquette en métaphysicienne et en ethnologue. Pas si éloigné de Pascal et de ses leçons aux Grands, le personnage imaginé par Lagarce est hanté par la mort (ce texte est le dernier de son auteur qui l’écrivit en voyant arriver sa fin). Sophie Paul Mortimer souligne combien le divertissement des cérémonies est l’indispensable paravent qui cache notre immonde condition et comme notre vie tient seulement à un fil. En cela, le texte flirte avec la tragédie et la comédienne en exprime finement la gravité. Mais lorsque l’arbitre des élégances se fait ethnographe et décrit les usages de la table et ceux des préséances mondaines, on rit franchement à sa manière de trouver simples et naturelles les habitudes culturelles qu’elle expose. Sophie Paul Mortimer pérégrine allègrement à travers le texte de Lagarce et campe un épatant cicérone du petit théâtre des coutumes bourgeoises.
Catherine Robert
Lundi et mardi à 21h. Tél. : 01 42 93 13 04. Durée : 1h50.
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