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Théâtre - Critique

« Le Procès d’une vie », Barbara Lamballais et Karina Testa s’emparent du Procès de Bobigny et proposent au Splendid une pièce délicieusement incarnée

« Le Procès d’une vie », Barbara Lamballais et Karina Testa s’emparent du Procès de Bobigny et proposent au Splendid une pièce délicieusement incarnée - Critique sortie Théâtre 75010 Paris Théâtre du Splendid
Légende : Maud Forget, Déborah Grall, Karina Testa, Jeanne Arènes, Clotilde Daniault et Céline Toutain dans Le Procès d’une Vie © Simon Gosselin

Théâtre du Splendid / Texte de Barbara Lamballais et Karina Testa / Mise en scène Barbara Lamballais

Publié le 27 janvier 2026 - N° 340

Gisèle, Marie-Claire, Michèle… Et les autres. Barbara Lamballais et Karina Testa s’emparent du Procès de Bobigny et proposent au Splendid une pièce délicieusement incarnée, résolument touchante. 

Alors que nous fêtions le 17 janvier dernier les 51 ans de la loi Veil, qui légalise l’interruption volontaire de grossesse en France, le 14 janvier débutait la nouvelle création de Barbara Lamballais au Splendid : Le Procès d’une vie. Véritable fresque aux allures cinématographiques sur le Procès de Bobigny, la pièce rend hommage à ces femmes courageuses, celles qui ont aidé Marie-Claire à avorter en 1972. Le ton est donné dès l’entrée en salle : elles sont parmi nous, nous invitent à prendre part à l’assemblée générale qui fait suite à la parution de l’illustre Manifeste des 343 salopes, pétition publiée en avril 1971 appelant à la dépénalisation de l’avortement. Lauréat de l’Aide à la création ARTCENA, le texte de la pièce donne à chaque protagoniste de l’affaire une même importance. Au-delà de l’implication de l’emblématique Gisèle Halimi (Clotilde Daniault), à laquelle on doit la médiatisation et la défense du procès, on découvre les parcours de ces six femmes, interprétées par six comédiennes admirables.

 

Le procès de toutes les femmes, pour toutes les femmes

En 1971, Marie-Claire (Maud Forget), jeune lycéenne, est victime de viol par un camarade de classe et tombe enceinte. Avec le soutien de sa mère, Michèle (Céline Toutain), elle avorte en faisant appel à une faiseuse d’ange nommée Micheline (Karina Testa), assistée par Lucette (Jeanne Arènes) et Renée (Déborah Grall). Mais l’histoire se sait, et toutes sont poursuivies en justice. Michèle implore Gisèle Halimi de les défendre, mais l’avocate compte bien faire de l’affaire un tribunal politique et médiatique. Sept comédiens incarnent 28 personnages, dont Julien Urrutia, qui joue aisément à lui seul tous les rôles masculins. Le Procès d’une Vie nous touche grâce aux récits de ces femmes, qui ont pour motivation commune la sororité, le souhait de soutenir cette jeune fille en détresse. Sans jamais tomber dans le pathos ou la victimisation, Barbara Lamballais et Karina Testa se contentent de nous livrer leur version de l’histoire intime de Marie-Claire, avant de basculer dans les faits historiques. On s’insurge avec chacune d’entre elles, on s’attache à leurs parcours et personnalités. Les scènes s’enchaînent à un rythme vif et fluide : les décors changent sous nos yeux, un simple bâton nous transporte dans une rame de métro. Finalement, Le Procès d’une Vie ne se cantonne pas à nous remémorer les faits tels qu’on les connaît, avec Gisèle Halimi au centre, mais imagine en quoi ces femmes ordinaires ont changé le cours de la vie de milliers d’autres, simplement en demeurant solidaires entre elles.

 

Siloé Lemaitre

A propos de l'événement

Le Procès d’une vie
du mercredi 14 janvier 2026 au dimanche 31 mai 2026
Théâtre du Splendid
Théâtre du Splendid, 48 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris.

Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 15h. Relâche le 5 mars. Tél. : 01 42 08 21 93. Durée : 1h20. Réservation : https://www.lesplendid.com/

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