Christophe Rauck met en scène « Presque égal, presque frère », un spectacle magnifiquement abouti et puissamment désarçonnant et troublant.
Christophe Rauck réunit deux pièces de Jonas [...]
L’élève vient pour apprendre ; le professeur la viole et la tue ; la bonne nettoie la scène de crime : à la suivante ! Robin Renucci met en scène Ionesco pour redire que doit cesser la violence. Salutaire !
Pour sa première création à La Criée, Robin Renucci avait adapté Aristophane avec Serge Valletti : A la paix ! Fidèle à ses convictions humanistes, toujours allergique à l’autoritarisme et à la brutalité, il récidive avec Ionesco pour montrer, une fois encore, que la violence est partout, y compris dans l’espace de libération que devrait être l’enseignement. « Sapientia : nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible. » définissait Roland Barthes dans sa leçon inaugurale du 7 janvier 1977 au Collège de France. Le magister n’est pas un dominus : honte à celui qui passe de la règle à la férule et de la férule à la verge ! Robin Renucci a longtemps enseigné ; il dirige aujourd’hui La Criée : on peut saluer le maître et le patron qui prend le risque public d’incarner les errements de ses fonctions ! Il faut l’excellent comédien qu’il est pour se glisser dans la peau de ce sémillant pédagogue dont la main experte s’égare, d’une caresse déjà suspecte au meurtre, puisque la bonne couvre le crime, que l’élève se révèle bien sotte et qu’il est scolairement entendu que les incapables ne méritent aucune pitié.
Le silence des complices
Si violence il y a dans la pièce de Ionesco, elle attaque d’abord le langage, l’action et le réel. Le viol et la mort de l’élève en sont les conséquences nécessaires. La farce se fait tragédie quand tout a été dynamité des assises logiques du sens, que l’arithmétique s’est affolée et que la philologie perverse a conduit la communication dans une voie sans issue. Le maître passe de l’empathie flagorneuse à la jouissance sadique ; il recommencera, sitôt nettoyée la scène et cloué le cercueil de sa victime. Si Robin Renucci campe un professeur à l’inquiétante élégance (judicieux costumes de Jean-Bernard Scotto), Inès Valarcher, formée aux arts du cirque, offre une très pertinente figure de l’élève, tout en équilibres et contorsions, jusqu’au terrible empalement final qui la disloque comme un pantin. Christine Pignet complète admirablement le trio avec sa bougonnerie bonasse : pour que le crime soit reconduit, il faut que ceux qui y assistent en soient les complices. Son rôle est essentiel et le public a besoin de son impavide tranquillité et de sa collaboration zélée pour comprendre qu’il se tait trop souvent face aux violences. Qui n’a pas, comme elle, soigneusement rangé les bâtons du harcèlement pour reconstituer son décor ? La scénographie de Samuel Poncet le suggère avec intelligence : il est des cours d’arithmétique qui ressemblent à des cimetières, comme il est des bourreaux au masque bienveillant et des servitudes volontaires. Le fascisme a visage humain.
Catherine Robert
Mardi, jeudi, vendredi et samedi à 20h ; mercredi à 19h ; dimanche à 16h. Tél. : 04 91 54 70 54. Durée : 1h05. A partir de 14 ans. Tournée 2026 : 3 et 4 mars à 19h au Théâtre du Bois de l'Aune à Aix-en-Provence ; 5 mars à 20h au Théâtre d'Arles ; 10 mars à 20h au Théâtre du Chêne Noir à Avignon ; 12 mars à 20h et 13 mars à 20h15 au Théâtre des Trois Ponts à Castelnaudary ; 17 mars à 20h au Théâtre Olympe de Gouges à Montauban ; 19 mars à 20h au Théâtre Ducourneau à Agen ; 24 mars à 20h à La Halle aux Grains à Bayeux ; 2 avril à 20h30 à Domfront ; 7 et 8 avril à 20h à Châteauvallon ; 9 et 10 avril à 20h au Théâtre National de Nice.
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Avec le duo formé par Roser Montlló Guberna [...]
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