La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Entretien

Hélène Grimaud,

Hélène Grimaud, - Critique sortie Classique / Opéra
(PH Kasskara-DG)

Publié le 10 mars 2009

l’art du doute

Au cœur de l’actualité à l’automne dernier avec un nouveau disque Bach et un récital élyséen, la plus exposée et célèbre des pianistes français retrouve une scène parisienne à l’invitation de l’Orchestre de Paris. Elle est la soliste du Quatrième Concerto de Beethoven, œuvre emblématique de son répertoire où sa personnalité aventureuse peut s’exprimer idéalement. Elle retrouve le chef David Zinman avec qui elle aborda cette oeuvre en 2000 accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Berlin.

 

« Quand on ne maîtrise pas tout, c’est beaucoup plus dangereux et intéressant… »

Vous parlez volontiers de votre « caractère ». Quel est-il ?
Hélène Grimaud : Celui de quelqu’un qui n’aime pas se laisser enfermer, se laisser contraindre par rapport au temps. C’est quand même pénible dans ce métier d’avoir à décider des choses deux ou trois ans à l’avance ! J’aime l’idée de la porte ouverte et parfois bousculer les choses qui étaient prévues en les changeant à la dernière minute…

 
Vous gardez votre côté « rebelle »…
H. G. : Beaucoup moins qu’à une époque ! D’abord j’ai beaucoup de chance donc j’ai beaucoup moins de raisons que certains de me révolter. Cela dit, j’aime souvent me faire l’avocat du diable, et donc être en opposition. Finalement, je me débrouille assez bien dans le manque d’harmonie. Je fonctionne parfois même mieux dans la discorde.
 
D’où vous vient cette espèce de hargne ?
H. G. : Oui, « hargne » est le bon mot. Je ne peux pas dire que cela vient de mon éducation. Mes parents sont des gens très ouverts… Cela ne s’est donc pas développé en réaction à mon éducation. Si je n’avais pas été pianiste, j’aurais été biologiste ou psychanalyste. Je trouve le comportement de l’être humain mystérieux et intriguant au possible. On a tous ses démons et les choses qui ressurgissent sont parfois prévisibles mais aussi dans d’autres cas complètement inattendues. Mais c’est ça qui est extraordinaire, quand on ne maîtrise pas tout. C’est beaucoup plus dangereux et intéressant… En tant que musicien, on est éternellement dans l’apprentissage. Le mot « grandir » s’applique encore. J’ai parfois l’impression que je suis née pour passer ma vie à apprendre. c’est ça qui m’intéresse, sinon je me lasse très vite. Dans ce métier, si on arrête de se poser des questions, il faut faire autre chose. Cela ne m’a jamais trop intéressé de présenter quelque chose de fini mais plutôt de poser des questions au public. Même si c’est parfois déroutant…
 
C’est une mise en danger. Cela fait partie de votre vie : jouer avec les limites…
H. G. : Oui c’est vrai. Cela a toujours été ça. Et je trouve ça beaucoup plus fécond. Il vaut mieux montrer que l’on cherche…
 
Doutez-vous beaucoup ?
H. G. : Oui, toujours. Avec une alternance entre le sentiment de planer complètement et celui de la certitude d’être dans le vrai. Etre dans le vrai est beaucoup plus facile à atteindre quand on est dans l’échange musical, comme avec un chef et un orchestre par exemple. Là, on peut se nourrir mutuellement l’un de l’autre, voler sur l’aile de celui qui est à votre côté musicalement…Cela rend plus fort et ouvert. Quand on est seul, et la vie de pianiste est une vie de solitaire avant tout, c’est beaucoup plus ardu. Si on sait rester ouvert à ce que peuvent nous apporter nos collègues musiciens, ils jouent en quelque sorte le rôle d’un mentor, de quelqu’un qui peut vous guider si vous vous sentez dépassé par les événements. Il y a des concerts ou des répétitions qui sont de véritables leçons. Plus ça va, plus on se rend compte que l’on est une petite chose, du peu que l’on sait et de combien il reste à découvrir et à accomplir.
 
Avec les années et le développement formidable de votre carrière, ce sont finalement la fragilité et le doute qui gagnent du terrain…
H. G. : La fragilité et la recherche, voilà ce qui rend les choses plus intéressantes et constitue curieusement le garant de la durée. Toujours se poser des questions et réaliser qu’on est en état d’évolution permanent. Il faut seulement savoir transformer avec créativité cette fragilité et cette vulnérabilité.
 
Propos recueillis par Jean Lukas.


Mercredi 18 et jeudi 19 mars à 20 h à la Salle Pleyel. Tél. 01 42 56 13 13. Places : 10 à 85 €.

Au même programme : Symphonie n° 15 en la majeur, op.141 de Chostakovitch.

A propos de l'événement



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