La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Guy-Pierre Couleau

Guy-Pierre Couleau - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 janvier 2010

Un diptyque en clair-obscur

Guy-Pierre Couleau, nouveau directeur de la Comédie de l’Est, met en scène à Colmar deux pièces de John Millington Synge : un diptyque lumineux et ténébreux sur le rapport au monde et au sacré.

Pourquoi choisir Synge pour votre première mise en scène à Colmar ?
Guy-Pierre Couleau : Mon histoire avec lui a commencé il y a dix ans avec Le Baladin du monde occidental que ma compagnie a tourné pendant trois saisons. Cet auteur, son œuvre, sa valeur et sa rareté (il n’a écrit que six pièces) ont constitué à l’époque une véritable révélation. Après cette expérience fondatrice, je reviens à lui avec ces deux textes. Après avoir mis en scène d’autres auteurs, je me suis rendu compte de mon attachement fondamental à Synge et de la nécessité foncière, un peu comme dans une histoire d’amour, de le retrouver. Je me reconnais beaucoup dans ce théâtre qui interroge la différence et est en cela très proche de l’essence du théâtre. Dans La Fontaine aux saints, la différence est physique : les deux personnages sont des aveugles qui recouvrent la vue et sont horrifiés par la laideur d’un monde qu’ils croyaient beau ; dans Les Noces du rétameur, les personnages sont des gitans, eux aussi des êtres de la marge. M’intéressait aussi cet univers « celtique » qui offre la possibilité de voir le monde différemment, comme avec un regard ethnologique, celui qu’a adopté Synge lui-même en visitant les campagnes reculées d’Irlande, ses habitants, ses mythes et ses légendes pour créer sa poésie.
 
 « Synge souffre d’un préjugé folklorique et pseudo paysan absolument injustifié. »
 
Synge est un auteur peu monté en France. Pourquoi ?
G.-P. C. : C’est vrai et c’est injuste ! Ses œuvres sont mal connues en France, mis à part Le Baladin du monde occidental, alors qu’il est très connu et très populaire chez les Anglo-saxons. Beckett disait de lui que c’est le seul auteur qui l’a influencé ! Synge souffre d’un préjugé folklorique et pseudo paysan absolument injustifié. Son théâtre, écrit en réaction à un théâtre psychologique à la Strindberg, invente une forme novatrice. Les deux pièces que je mets en scène, une parabole sur le mensonge et la vérité de la beauté et de la laideur, posent des questions universelles et pas spécifiquement irlandaises…
 
Comment avez-vous choisi de les traiter ?
G.-P. C. : De façon épurée, avec des éléments scéniques et des gestes qui relèvent de la nécessité. Raymond Sarti a construit un plancher ondulé très sobre, entre lande et mer de bois. La scénographie joue des transparences ; nous utilisons le théâtre d’ombres et choisissons un parti pris extrêmement symbolique. La grande difficulté est surtout de rendre limpide la langue de Synge, très chargée, très complexe, qui exige une incorporation très poussée. Il n’y a pas de scorie chez Synge donc son théâtre ne souffre pas l’approximation. En choisissant de monter ces deux pièces en diptyque, je les ai voulues comme les deux faces d’une même médaille. Les deux pièces décrivent le lien de l’homme avec le sacré mais à la farce noire des Noces du rétameur répond la grande page blanche et éblouissante du miracle de La Fontaine aux saints.
 
Catherine Robert


La Fontaine aux saints et Les Noces du rétameur, de John Millington Synge ; texte français de Françoise Morvan ; mise en scène de Guy-Pierre Couleau. Les 13, 14, 15, 19, 20, 21 et 22 janvier 2010 à 19h ; les 16 et 23 janvier à 18h. Comédie de l’Est – Centre Dramatique Régional d’Alsace, 6, route d’Ingersheim, 68027 Colmar. Renseignements et réservations au 03 89 24 31 78 et sur www.comedie-est.com Reprise au Théâtre Firmin-Gémier d’Antony du 16 au 28 mars (relâche le 22 mars). La Fontaine aux saints au Théâtre La Passerelle de Gap le 29 janvier à 20h30 et au Centre Dramatique Régional de Tours du 20 au 23 avril. Les Noces du rétameur à La Coupe d’Or, à Rochefort-sur-mer, le 9 mars à 20h30.

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