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Focus -232-TM+

Musiques de gestes

Musiques de gestes - Critique sortie Classique / Opéra Nanterre Maison de la musique de Nanterre
Légende : Laurent Cuniot, compositeur et directeur musical de TM+. © Enrico Bartolucci Légende : Le compositeur suédois Jesper Nordin. © Freddie Sandström

Maison de la musique de Nanterre / Créations / Festival Manifeste / ENTRETIEN LAURENT CUNIOT ET JESPER NORDIN

Publié le 20 avril 2015 - N° 232

Le concert du 13 juin, dirigé par Marc Desmons dans le cadre du festival Manifeste, permet de découvrir deux créations réalisées dans les studios de l’Ircam, deux œuvres où le geste instrumental contribue à élaborer un espace musical et poétique. Rencontre avec les deux compositeurs, Laurent Cuniot  et Jesper Nordin.

Jesper Nordin : « Un concerto pour chef d’orchestre. »

Dans votre œuvre Sculpting the Air, les gestes du chef d’orchestre sont la source de la musique.

Jesper Nordin : Au fond, les gestes en eux-mêmes ne m’intéressent pas. En revanche, je cherche à construire un espace, un environnement dans lesquels ils pourront se déployer musicalement. Sculpting the Air est un « concerto pour chef d’orchestre ». Je me suis appuyé sur les gestes du chef, mais en les redéfinissant. En effet, Marc Desmons dirige les musiciens, l’ensemble étant lui-même divisé en deux groupes, et ses gestes sont également suivis par deux capteurs de mouvements (des caméras Kinect) et ils animent des objets sonores, principalement des cloches. Il y a donc simultanément trois façons d’interpréter les mouvements du chef.

La partie « soliste » du chef est-elle écrite de façon traditionnelle ?

J. N. : Tout est composé, même si je n’ai pas cherché à définir les mouvements du chef au millimètre près. Je suis parti de ceux qu’il exécutait de lui-même face à un orchestre et leur ai donné un nouveau contexte. L’essentiel de mon travail à l’Ircam a consisté en un travail auprès de Marc Desmons et en l’invention d’une notation qui donne au chef suffisamment d’informations, mais pas trop, afin de trouver un équilibre entre mes idées musicales et la réalité de ce qui peut fonctionner face à un ensemble instrumental.

Avez-vous utilisé vos propres outils ou ceux disponibles à l’Ircam ?

J. N : Les deux. L’outil que j’ai développé, Gestrument, et qui existe sous forme d’application, me permet en quelque sorte de définir « l’ADN » d’une séquence musicale. Je l’ai ici combiné avec les ressources logicielles de l’Ircam, dont j’ai aussi utilisé les banques de sons instrumentaux, en plus des enregistrements que j’ai pu réaliser par moi-même. Dans l’ensemble, j’ai privilégié des traitements sonores assez simples : sons gelés, mis en boucle, delay, etc. L’objectif n’est pas de produire des effets complexes mais de voir comment un chef d’orchestre peut les prendre en charge, comment il peut jouer avec l’électronique.

Laurent Cuniot : « Une poétique de l’illusion. »

Reverse Flows, votre nouvelle œuvre, puise sa matière originelle dans votre opéra Des pétales dans la bouche, créé en 2011.

Laurent Cuniot : Il m’a semblé que le prologue, de par l’espace qu’il déployait, appelait un développement avec les outils propres à l’électro-acoustique. Le premier mouvement de Reverse Flows propose textuellement le prologue de Des pétales dans la bouche, mais il est maintenant inséré dans une construction nouvelle en quatre mouvements, augmentés d’un prélude et d’un postlude.

Comment l’électronique intervient-elle ?

L. C. : Je ne cherche pas à mettre en jeu un dispositif technologique, mais à créer une poétique de l’illusion. Ainsi, dans le prélude, l’alto est muet mais le geste de la soliste déclenche des événements électroniques, créant alors un jeu d’illusion, une identification du geste à un son qui n’est pas produit par l’instrument. Pour créer ces effets d’illusion, il a fallu développer une notation pertinente pour l’interprète, avec quelques codes simples indiquant des gestes, mais aussi leurs résultats : un glissando, une modulation d’amplitude ou de spectre… sachant que les changements d’effets sont enclenchés par un autre musicien, à l’aide d’un clavier MIDI. C’est lui aussi qui déclenche les fichiers sons : un rôle ingrat sans la dimension de jeu instrumental, mais extrêmement important, car à la jonction des deux écritures, instrumentale et électro-acoustique.

 

 

Propos recueillis par Jean-Guillaume Lebrun

A propos de l'événement

Festival Manifeste
du Samedi 13 juin 2015 au Samedi 13 juin 2015
Maison de la musique de Nanterre
8 Rue des Anciennes Mairies, 92000 Nanterre, France

à 20h30. Tél : 01 41 37 94 21.


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