« Journal d’une exploration sonore » dans le monde sensible et poétique de la montagne
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Malice, audace, goût de la déconne et amour du théâtre à ne pas pouvoir s’empêcher de s’en moquer, Clémence Coullon provoque encore une fois la surprise avec Le Roi, la Reine et le Bouffon.
Le Roi, la Reine et le Bouffon. Le titre est simple, triple, à cheval sur le conte et le théâtre. On y entend Shakespeare, des histoires de princesse, et on y découvre du Grand Guignol mâtiné de Covid. Auréolée d’un Hamlet(te) qui laissait vivre Ophélie aux dépens de son amoureux et obligeait cette dernière à dépasser son statut de victime – travail de fin d’études au Conservatoire qui a connu un beau succès, mérité – Clémence Coullon a en effet pioché un texte qu’elle avait écrit pendant le confinement pour monter son deuxième spectacle. Un peu moins nombreux au plateau cette fois, quatre interprètes contre quinze, Clémence Coullon elle-même, Myriam Fichter, Tom Menanteau et Guillaume Morel y déploient une farce qui commence pourtant sur un mode hiératique. Prendre le théâtre au sérieux pour mieux s’en amuser apparaît comme une marque de fabrique pour la metteuse en scène. Dans un excellent prologue, la conteuse pose ainsi le cadre avec une chaise, aux accents beckettiens, puis moque l’espace vide si cher à Brook, avant d’hurler on ne peut plus théâtralement. Arrivent ensuite en musique, mi drags mi pop, en robes blanches, juchés sur des talons, le roi et la reine avec leur bouffon, qui pourrait être leur petit et qui ne les fait pas beaucoup rire.
Pistolets, carabine et couteau planté dans le dos
S’ensuit une histoire irracontable, qui flirte avec l’épouvante. Le roi se plaint qu’on l’oblige à rester enfermé, et ne supportera pas qu’on le lui impose une seconde fois. Il prend son bouffon comme secrétaire avec une machine à écrire qui tinte à chaque bout de ligne comme la sonnette d’une réception d’hôtel. Ce dernier fait de même avec la Reine mais on ne comprend pas un mot de ce qu’il dit. Relations qui s’inversent, maltraitance à gogo, changements d’alliances et retournements de situation à tout va, le bouffon tue ensuite le roi qui reviendra toutefois d’entre les morts. De plus en plus, ça canarde, pistolets, carabine et couteau planté dans le dos, mais ça peut aussi danser sur Sway de Norman Gimbel, ancêtre de la vibe de Diam’s. A coup d’effets visuels et sonores toujours amusants, Clémence Coullon soigne ses rebondissements et déploie une farce dans laquelle le trio de personnages explore tous les schémas relationnels possibles. Sur la structure d’un confinement qui prive le Roi de sa sacro sainte liberté, les petits rois vaniteux que nous sommes ne se sentent-ils pas concernés ? Violence à la Genet, farce à la Jarry, conte cruel et film d’horreur tout à la fois, Clémence Coullon signe avec Le Roi, la Reine et le Bouffon un spectacle léger et drôle, où affleurent pulsions et excès.
Eric Demey
du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30. Tel : 01 43 28 36 36. Spectacle vu à la Ferme du Buisson, Scène Nationale. Durée : 1h10
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