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Christophe Rauck réunit deux pièces de Jonas Hassen Khemiri (≈ [Presque égal à] et J’appelle mes frères) pour un spectacle à la fois magnifiquement abouti et puissamment désarçonnant et troublant.
Les amateurs de solutions faciles aiment les réponses assénées. Le dogmatisme rassure. Christophe Rauck est homme d’art plutôt que de chapelle : son nouveau spectacle prouve encore une fois qu’il est « du bond, non du festin » comme l’écrit René Char, de la recherche plutôt que de l’épilogue. Il met en scène deux pièces de Jonas Hassen Khemiri (traduites du suédois par Marianne Ségol), qui interrogent les affres du libéralisme et de la xénophobie. Le dyptique et le dispositif bifrontal indiquent comme on peut entrer dans ce spectacle et dans le champ des questions qu’il soulève : en étant prêt au dialogue, à la remise en cause de ses représentations, accueillant au trouble et – conséquence obligée de l’incertitude – à la tolérance, hors du confort du thuriféraire ou de l’assurance de l’opposition systématique. Christophe Rauck ne sert pas la messe politique, mais son geste théâtral est d’une fermeté exemplaire pour guider les excellents comédiens qui s’emparent des figures inquiètes et inquiétantes qui habitent ces deux histoires.
Force d’un théâtre de la question
Dans ≈ [Presque égal à], quatre personnages se débattent pour échapper à la machine ploutocratique de l’efficacité productiviste. Le marché transforme l’humain en marchandise, le consumérisme transforme les sujets en produits. Comment continuer à vivre dignement quand tout s’achète ? Jonas Hassen Khemiri invente une comédie qui raille en résistant au cynisme. Dans J’appelle mes frères, même question : comment rester libre quand tout conspire à objectiver les individus, les classer pour mieux les casser, jusqu’à les faire douter de leur innocence ? La faute à qui ? Le dramaturge prend le risque de provoquer la perplexité de nos esprits désormais habitués aux réponses que délivrent les téléphones portables (omniprésents dans le spectacle), les médias et les réseaux sociaux qui manipulent ceux qui croient les utiliser. Mais si les alternatives idéologiques sont émoussées par l’écrasante victoire du libéralisme technophile, le théâtre demeure comme appui à la résistance et levier collectif. L’impeccable puissance des comédiens (Virginie Colemyn, Servane Ducorps, David Houri, Mounir Margoum, Julie Pilod, Lahcen Razzougui et Bilal Slimani, et les jeunes Aymen Yagoubi et Wassim Jraidi), le brillant travail de Simon Restino, Sylvain Jacques, Olivier Oudiou, Coralie Sanvoisin, Cécile Kretschmar et Arnaud Pottier, servent un spectacle qui rend le théâtre à sa fonction d’agora. Passionnant !
Catherine Robert
Du mardi au vendredi à 19h30 ; le samedi à 18h ; le dimanche à 15h. Tél. : 01 46 14 70 00. Durée : 3h30 avec entracte.
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