« Eros-Hypnos, otwarta brama », dernière création inspirée d’Elizabeth Czerczuk
Elizabeth Czerczuk réunit une vingtaine [...]
Elsa Agnès met en scène le texte original qu’elle a écrit en forme de rêverie et de quête existentielle autour de quelques tableaux de la Renaissance. Entre clair-obscur et sfumato…
Marie et Giovanni sont gardiens dans un musée vénitien. Il pourrait s’agir de la Galerie de l’Académie, où se trouve le Portrait d’un jeune homme distingué dans son cabinet de travail, de Lorenzo Lotto, qui ouvre le spectacle… Mais l’arrivée d’une Madeleine pénitente de Caravage, plus romaine que vénitienne en ses appartements, fait comprendre assez vite qu’on se trouve plutôt dans le musée imaginaire d’Elsa Agnès, qui y a placé ses tableaux préférés. Les deux gardiens (Elsa Agnès elle-même et Matteo Renouf) sont rejoints par une étrange et insistante visiteuse (Catherine Vinatier). Les trois personnages sont à ce point saisis par la beauté des œuvres qu’ils deviennent, comme la pythie parlant au nom d’Apollon, les figures des tableaux. A l’instar de la prêtresse de Delphes, ils parlent une langue réservée aux initiés dont on peine un peu à suivre les méandres. Mais Elsa Agnès ne vise pas plus la clarté qu’elle ne choisit le réalisme, et son spectacle relève davantage de la transe que du récit.
Guetter l’inattendu pour découvrir la vérité
Sur le sol du plateau quasi nu, une ligne de travertin dessine la cloison entre les galeries d’exposition et la salle de repos, où Marie et Giovanni mangent des sandwichs au thon et des madeleines, qu’ils partagent, à force de complicité, avec Violaine, l’esthète fidèle qui revient, jour après jour, raconter ses amours aux deux veilleurs égarés. Les confidences vont bon train. Sous les yeux de Marthe, Jésus, Narcisse, Bacchus, Judith et Holopherne, se déploient les récits de vies humaines qui n’ont rien à envier à celles des personnages terribles du tapageur Michelangelo Merisi… Pendant que menace l’acqua alta au dehors, les trois complices se noient dans un magma textuel halluciné, d’où surgissent des fulgurances narratives : on comprend que ces trois désespérés traînent des blessures inconsolables que les œuvres ne permettent pas d’élucider, même quand ils les miment, à grands renforts de costumes et de postures écartelées. Elsa Agnès, avec cette première pièce entièrement personnelle, entame un chemin artistique exigeant et ambitieux.
Catherine Robert
Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30. Tél. : 01 43 28 36 36. Durée : 1h30.