La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Propos recueillis

Le Quatuor Psophos : quatre musiciennes engagées

<p>Le Quatuor Psophos : quatre musiciennes engagées</p> - Critique sortie Classique / Opéra
Crédit photo : M. Vanappelghem Légende photo : « Yves Laplace et Hervé Loichemol présentent une version théâtrale de Candide de Voltaire. »

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Le jeune quatuor français vient d’entamer une exemplaire résidence de trois
années dans un théâtre parisien. L’Athénée/Théâtre Louis Jouvet renoue en effet
avec sa tradition musicale en accueillant ce remarquable carré exclusivement
féminin. Six concerts seront à l’affiche chaque saison. Un cadre idéal qui
permettra aux « Psophos » de nouer avec le public parisien un lien plus fort et
révéler un double engagement : musical (pour le répertoire français et la
musique de notre temps) et humanitaire (à travers son action dans la lutte
contre le sida).

Quatre filles : hasard ou marketing ?

Bleuenn Le Maître : Nous nous sommes rencontrées par hasard, il y a dix
ans, au CNSM de Lyon pour suivre le cycle de musique de chambre.

Ayako Tanaka : Nous n?avons pas réfléchi au fait qu’un jour peut-être,
être un quatuor féminin pourrait devenir un argument marketing. Après
l’obtention de nos prix internationaux, et les concerts qui ont commencé à se
développer, une identité ?féminine? s’est créée autour du quatuor, via le
public, le réseau professionnel, la presse… Cela ne nous a pas dérangées outre
mesure. Cette étiquette n?a pas été recherchée, elle nous a été donnée…

« S’investir sur le plan humanitaire est un acte citoyen fondamental. Le sida
est une maladie de notre génération.  Elle nous concerne donc toutes. »


Vous êtes impliquées dans la lutte contre le sida. S’engager sur le plan
humanitaire est un phénomène assez rare de la part d’artistes classiques. Quel
sens donnez-vous à cette action ?

A. T. : S’investir sur le plan humanitaire est un acte citoyen
fondamental mais il n?est pas toujours facile de savoir comment s’investir et
pour quelle cause agir. Lorsque nous avons rencontré le Dr Catherine Gaud, chef
du service d’immunologie du CHD de Saint-Denis à l’Ile de la Réunion et qu’elle
nous a proposé de l’aider à lutter contre le sida grâce à notre musique, nous
avons spontanément répondu présentes. Le sida est une maladie de notre
génération.  Elle nous concerne donc toutes.

Eve-Marie Caravassilis : Pour ma part, ces concerts m’ont fait prendre
conscience de l’importance de l’art dans la vie de ces gens dont le quotidien
est devenu un parcours d’obstacles… Plus que jamais, j’ai ressenti un besoin
de spiritualité dans le public et, dans le même temps, j’ai mieux réalisé quel
était mon rôle d’interprète.

S’installer dans un théâtre pour trois ans de résidence, c’est bâtir une
relation particulière avec le public. Qu?attendez-vous de cette expérience
unique?

Cécile Grassi : La résidence au Théâtre de l’Athénée est une chance :
poser ses valises et programmer une saison est une réelle opportunité pour nous.
Le théâtre nous a ouvert ses portes et avec lui son public.

E.-M. C. : L’unité du lieu sur un long terme nous permet une grande
liberté dans les programmes !  Le challenge  pour la programmation réside dans
l’équilibre à trouver entre nos envies personnelles, les demandes du public et
un désir d’éclectisme que ce soit dans le répertoire traditionnel de chambre ou
l’innovation… C’est aussi très excitant de savoir qu’une relation intime va se
créer avec le public, que l’on prend le risque de faire des erreurs’ Le public a
l’opportunité d’assister à l’évolution de notre identité artistique et surtout
d’y participer !  

B. L. M. : La salle de l’Athénée est un petit théâtre à l’italienne qui
favorise les relations très proches avec le public.

« J’aimerais qu’en écoutant notre quatuor on ressente une empreinte sonore et
musicale, que notre engagement soit partagé. »


Quelle est la première qualité que vous aimeriez que l’on reconnaisse à votre
quatuor?

B. L. M. : L’engagement musical sur chaque phrase est très important. Le
public y est sensible. Il faut savoir rendre le discours musical compréhensible
même pour les ?uvres les plus difficiles.

A. T. : Il y a une vingtaine d’années, les quatuors renommés se
reconnaissaient à la première mesure. J’aimerais qu’il en soit de même pour nous
! Une technique brillante ne suffit pas ou ne suffit plus. Il est indispensable
d’avoir une vraie personnalité, un son propre, une identité sonore. Chaque jour
nous nous employons à tendre vers cela.

E.-M. C. : Pour moi,  ce qui fait l’identité d’un artiste est sa capacité
à rester honnête avec lui-même, ce qu’il a envie de dire avec son instrument et
l’énergie qu’il est prêt à donner pour cela… Quand j’entends des
enregistrements de Pablo Casals, par exemple, c’est loin d’être parfait sur le
plan de la justesse et il prend des libertés musicales qui feraient hurler
certains musiciens aujourd’hui mais j’ai l’impression de l’entendre me parler et
se dévoiler totalement?

C. G. : Ce n’est qu’avec le temps qu’un quatuor se forge une véritable
identité, travaillant autant à l’homogénéité qu’à la mise en valeur des
différents timbres. J’aimerais qu’en écoutant notre quatuor on ressente une
empreinte sonore et musicale, que notre engagement soit partagé.

Propos recueillis par Jean Lukas

Prochain concert :

« Ainsi la nuit – musique française » : ?uvres de Fauré, Dutilleux et
Chausson, avec aussi Bertrand Chamayou (piano) et Nicolas Dautricourt (violon) :
le 12 mars à 20 h à l’Athénée/Théâtre Louis Jouvet. Tél. 01 53 05 19 19. Site :

www.athenee-theatre.com

 

Mais aussi

« La bonne chanson » : ?uvres de Fauré, Debussy et Respighi, avec
aussi Béa Robein (soprano) / Le 14 mai à 20 h ; « Musique russe » : ?uvres de
Bacri, Prokofiev et Tchaïkovski, avec aussi Antoine Tamestit (alto) et Henri
Demarquette (violoncelle) / Le 11 juin à 20 h.

Bio Express / Le Quatuor Psophos – en grec : l’événement sonore – s’est
constitué en 1997 au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de
Lyon. En moins de trois ans, il a remporté le 4e Prix du Concours International
de Londres, le 3e Prix du Concours International d’Osaka, le 2e Prix du Concours
International Vittorio Gui de Florence et le Prix spécial de l’Académie
Mozarteum de Salzbourg. Un parcours couronné, en 2001, par le Premier Grand Prix
du Concours International de Quatuor à Cordes de Bordeaux.

Le Quatuor Psophos est composé de Ayako Tanaka (violon), Bleuenn Le Maître
(violon), Cécile Grassi (alto) et Eve-Marie Caravassilis (violoncelle).

Dernier album paru : Dvorak (Quintette pour piano et cordes en la majeur
op. 81, B 155
et Quatuor à cordes n° 14 en la bémol majeur op. 105, B 193),
avec Dana Ciocarlie au piano (chez Codaex).

A propos de l'événement



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